discussions doctrinales

LA FRATERNITÉ Reorientée

LA FRATERNITÉ Reorientée on janvier 23, 2021

L’abbé Pagliarani, Supérieur Général de la FSSPX, a publié en novembre dernier un texte commémorant le 50ème anniversaire de la fondation de la Fraternité en 1970. L’abbé Edward McDonald, prêtre de la “Résistance” en Australie, a écrit un intéressant commentaire là-dessus que nous résumons ci-après.

1. L’abbé Pagliarani pose la question suivante : “La flamme (“celle d’une charité sans peur”) reçue de notre Fondateur est-elle encore vivante ? Exposée à une crise qui se prolonge indéfiniment dans l’Église et dans le monde, cette précieuse torche ne risque-t-elle pas de s’affaiblir avant de défaillir ? – L’abbé Pagliarani laisse cette question en suspens.

2. C’est à peine si, au fil du texte, l’abbé Pagliarani mentionne le Concile Vatican II. Pourtant, sans Vatican II, la FSSPX aurait-elle une raison d’être  ? Car Rome est la source de toutes ces erreurs sur la foi, sur la doctrine et la morale que la FSSPX a combattues. Les papes post-conciliaires n’ont-ils pas mis en application les enseignements venant du Concile ? Le centre de l’apostasie est au Vatican  ; son siège est là. Or, l’abbé Pagliarani ne mentionne même pas les erreurs de Vatican II. Pourquoi ces omissions ? C’est que, pour lui, le combat est bel et bien terminé  : la FSSPX fait maintenant, avec Vatican II et l’Église conciliaire, cause commune contre le mouvement de la “Résistance”.

3. L’abbé Pagliarani réduit la voilure aux dimensions du combat propre à “la vie spirituelle”. Pour Mgr Lefebvre, le Règne de Notre Seigneur Jésus-Christ tenait la première place  ; procurer aux âmes la vie spirituelle découlait nécessairement de ce but premier. Maintenant, l’abbé Pagliarani fait de la vie spirituelle une priorité en disant, “Notre combat, c’est de permettre à Notre Seigneur Jésus-Christ d’être l’axe de notre vie spirituelle, la source de toutes nos pensées, de toutes nos paroles et de tous nos actes.”

4. Pour l’abbé Pagliarani, tout a été dit  : il n’y a plus de bataille doctrinale à mener. La FSSPX souhaite simplement continuer à parler, répétant sans doute des arguments déjà exprimés contre les erreurs de Vatican II. Mais, de fait, la FSSPX laisse ainsi dormir les erreurs de Vatican II, car beaucoup de nouvelles choses sont à dire, justement parce que, maintenant, le Pape ne cesse de développer de nouvelles erreurs à partir des documents de Vatican II. Qu’en est-il de la réfutation concernant Amoris Laetitia  ? La FSSPX l’a-t-elle seulement entreprise ? Si la FSSPX ne trouve là rien de nouveau à dire, c’est qu’elle a cessé de lutter contre les erreurs du Vatican.

5. L’archevêque Viganò trouve beaucoup de choses nouvelles à dire sur les erreurs de l’Église conciliaire. Pourquoi la FSSPX ne peut-elle faire de même  ? Simplement parce qu’elle a capitulé et qu’elle a été réduite au silence. Elle ne peut plus défendre les droits de Notre Seigneur Jésus-Christ. En novembre 2020, le père Daniel Themann, supérieur du district australien de la FSSPX, a interdit à ses membres de manifester publiquement contre un culte publiquement rendu à Satan dans le Queensland. Les fidèles ont dû se contenter de réparer calmement les sacrilèges dans leur chapelle.

6. La lassitude est un thème récurrent dans la lettre du Père Pagliarani – ce n’est pas le cas des saints. Eux ne se fatiguent jamais, ne se lassent jamais de la bataille. Mgr Lefebvre ne s’est jamais lassé du combat. Il était déjà à la retraite lorsqu’il reprit les armes pour une nouvelle bataille contre l’Église conciliaire. A l’inverse, la FSSPX, lasse, incapable d’efforts, a déposé les armes. Elle n’a “rien de nouveau à dire”.

7. Depuis plus de quinze ans, les séminaires de la FSSPX ne donnent plus aux séminaristes la formation doctrinale nécessaire pour combattre les erreurs modernes. Au contraire, le modernisme et le libéralisme ont été encouragés dans les séminaires. Désormais, les ordinands sont disposés à faire des compromis sur la vérité  ; avec empressement ils co-opèrent avec les évêques diocésains modernistes et se soumettent à eux. L’abbé Wegner, ancien supérieur du district des États-Unis, s’est un jour vanté d’avoir conclu des accords avec quarante évêques américains, tous modernistes et libéraux conciliaires.

8. Tout prêtre resté à la FSSPX après sa capitulation a décidé – si ce n’est explicitement, du moins tacitement – d’accepter cette nouvelle orientation de la FSSPX. Ce ne sont plus des catholiques militants. L’Église est indéfectible. La FSSPX ne l’était pas. Elle a fait défection.

9. Il ne reste plus d’organisation importante, capable de s’opposer à l’assaut des forces du mal qui, sous la forme du communisme athée, sont en train de conquérir la société. La stérilisation de la FSSPX a tari la dernière grande source de grâces et de bénédictions qui pouvait irriguer le monde. Les quelques poches de résistance qui subsistent ne sont pas en mesure d’arrêter, voire simplement d’entraver, l’asservissement du monde au communisme.

Kyrie eleison.

Deux Éveques

Deux Éveques on décembre 21, 2019

Lors de l’été et de l’automne 2012, deux des trois évêques de la Fraternité Saint Pie X ont clairement changé de position par rapport aux termes de la lettre en date du 7avril 2012 qu’ils venaient d’adresser à Menzingen, concernant les relations de la Fraternité avec Rome. Les prêtres et les fidèles de la FSSPX s’en sont étonnés. Peu de gens ont alors, ou depuis lors, interprété leur changement de position comme une question de personnes ou de personnalités. La plupart des gens ont bien vu dans leur volte-face de quoi il s’agissait : ils s’étaient convertis au nouveau principe venant du Supérieur Général, à savoir de reprendre des contacts avec les Romains sans attendre leur conversion du modernisme. Cette nouvelle politique contredisait à angle-droit leur lettre du 7 avril dans laquelle ils mettaient sévèrement en garde contre l’abandon de ce qu’enseignait Mgr Lefebvre : pas de contacts avec la Rome conciliaire avant sa conversion. Or, entre 1988 – année de leur sacre sans l’accord de Rome – et 2012, cette Rome conciliaire n’avait guère évolué, sinon en pire. Alors, pour quelles raisons les deux évêques ont-ils changé d’avis ?

C’est une question centrale qui aujourd’hui encore garde toute son importance ; on peut la formuler ainsi : Qu’est-ce que peut gagner la Fraternité pour la Foi (et non la Foi pour la Fraternité !) – grâce à des contacts amicaux avec les Romains conciliaires, alors que ceux-ci persistent dans leur attachement à l’œcuménisme de Vatican II, allant même jusqu’à la vénération dans les jardins du Vatican de l’idole de la Pachamama en présence du Pape ? Une chose semble certaine : depuis 20 ans, la FSSPX a tout misé pour son avenir sur cette amitié. Y renoncer maintenant ne signifierait-il pas que la politique des 20 dernières années n’a été qu’une une grossière erreur ? En conséquence de quoi, bien que la FSSPX ait à l’heure actuelle terriblement besoin de nouveaux évêques pour assurer son apostolat Traditionnel dans le monde entier, elle se trouve obligée de renoncer à sacrer des évêques Traditionnels qu’elle choisirait elle-même, car cela déplairait fortement aux Romains conciliaires. Ainsi, on peut dire que les deux évêques se sont mis, en 2012, une lourde croix sur leurs propres épaules, une croix plus lourde chaque année, car ils ont contribué à pousser la Fraternité dans une impasse : en 2019, la Fraternité ne peut plus avoir – et pourtant ne peut pas ne pas avoir – ses propres évêques.

De récentes informations, maintenant accessibles, aident quelque peu à comprendre la décision des deux évêques d’abandonner la position de Mgr Lefebvre – conversion de Rome avant les contacts – à laquelle ils avaient pourtant si récemment adhéré. En ce qui concerne Mgr de Galarreta, on apprend qu’à peine la lettre du 7 avril venait-elle de paraître sur le net, qu’il s’est empressé de se rendre au siège de la FSSPX pour présenter ses excuses, assurant le Supérieur Général qu’il désapprouvait totalement la parution intempestive du texte sur internet. Mais comment pouvait-il désapprouver la parution de la lettre sans se dissocier également de son contenu ? Il semble qu’une implosion imminente de la Fraternité lui ait paru plus redoutable que le fait d’engager la Fraternité dans une impasse en abandonnant la voie suivie par Mgr Lefebvre, voie essentielle à la défense de la foi. La survie de la Fraternité lui était-elle plus importante que celle de la Foi ?

Mgr Tissier de Mallerais a mis plus de temps à rétracter, pour ainsi dire, sa signature sur la lettre du 7 avril. Mais, début de 2013, c’était effectivement chose faite. A un de ses amis alors il donnait, en tant qu’Evêque, les indications suivantes : aujourd’hui la conversion de Rome ne peut pas se produire subitement. Mais une reconnaissance officielle nous permettrait d’y travailler plus efficacement depuis l’intérieur de l’Église. Nous devons patienter et agir avec tact, en prenant notre temps afin de ne pas brusquer les Romains qui continuent de désapprouver notre remise en question du Concile. Nous avançons tout doucement – n’est-ce pas ainsi que les saints ont toujours procédé ? Nous devons continuer à dénoncer les scandales et à accuser le Concile, mais nous devons agir intelligemment, nous efforçant de comprendre la façon de penser de nos adversaires, qui incluent, après tout, le Siège de Pierre. La politique de Mgr Fellay n’a pas vraiment échoué : rien n’a été signé le 13 juin 2012, rien de catastrophique, rien de notable ne s’est passé depuis 17 mois. Quelques prêtres nous ont quittés, par manque de prudence et de jugement, ce que je trouve déplorable. Mais la faute leur en incombe. En bref, essayez de faire d’avantage confiance aux autres et soyez moins confiant en vous-même. Faites confiance à la Fraternité et à ses dirigeants. Tout est bien qui finit bien. Voilà ce qui devrait être l’esprit de vos prochaines décisions et de vos prochains écrits.

Ici s’achèvent les arguments que cet Evêque mettait en avant pour recommander à son ami de suivre Mgr Fellay. Mais, NN. de Galarreta, Tissier de Mallerais et Fellay ont-ils bien compris les raisons pour lesquelles Mgr Lefebvre voulait couper les contacts avec les Romains conciliaires ? N’ont-ils pas tous les trois gravement sous-estimé la crise de l’Église sans précédent que cause la trahison continuelle de la Vérité et de la Foi par l’Eglise conciliaire ? Comment une simple politique humaine ou un compromis doctrinal avec Rome pourraient-ils résoudre cette crise pré-apocalyptique ?

Kyrie eleison.

La Dérive Continue – II

La Dérive Continue – II on novembre 9, 2019

Nous parlions la semaine dernière de la rencontre d’août 2019 entre Dom Placide de Bellaigue (France) et la Fraternité saint Pie X en Suisse. Si certains lecteurs sont tentés de ne pas voir dans cette entrevue une preuve suffisante du désintérêt croissant de la FSSPX pour la défense de la vraie foi, voici un autre fait marquant, qui conduit à la même conclusion. Vers le moment même où le Supérieur Général (SG) de la Fraternité donnait son interview rassurante du 12 septembre dernier, il nommait par ailleurs une Commission de trois membres chargés de se rendre à Rome pour reprendre les « discussions théologiques » avec les Romains conciliaires, « discussions » qui ont été menées à Rome entre 2009 et 2011, et qui n’ont mené à rien. Mais quels sont les trois représentants de la Fraternité, choisis pour mener ces discussions ? Eh bien, nul autre que le triumvirat au pouvoir dans la Fraternité de 2006 à 2018 à savoir : Mgr Fellay et les abbés Pfluger et Nély, triumvirat qui n’a pas été reconduit dans sa fonction au Chapitre Général électif de juillet 2018 ! De nouveau il convient de se remémorer le contexte.

Lors du précédent Chapitre Général électif de 2006, les 40 prêtres électeurs de la Fraternité sont restés fidèles. Moins fidèles qu’en 1994 (comme l’a admis une fois Mgr Fellay), mais néanmoins fidèles au principe de bon sens catholique que posait Mgr Lefebvre, à savoir que, dans le conflit entre la Fraternité et Rome, les questions de foi étaient si importantes qu’aucun accord pratique, sans un accord doctrinal préalable, ne saurait apporter une quelconque solution. Certes, en 2006, Mgr Fellay lui-même avait déjà cessé de prendre la doctrine au sérieux. Pour lui, comme pour le Pape Benoît XVI, pour tous les modernistes et pour la masse des habitants du monde d’aujourd’hui, la Vérité de Dieu est moins importante que l’unité des hommes. Cependant, le SG savait que de nombreux membres de la Fraternité suivaient encore leur Archevêque en respectant la Vérité de Dieu. C’est pourquoi il continua de demander au Pape Benoît XVI de mener des « discussions doctrinales » afin de réunir la Fraternité et Rome.

Seulement cette requête était dès le début intrinsèquement chimérique. En effet, les doctrines de la Tradition catholique et de Vatican II ne peuvent pas s’unir. Pas plus que les doctrines de ceux qui conviennent que 2+2 font 4 et de ceux qui postulent que 2+2 font 5. Le Pape et le SG espéraient-ils donc que les deux parties pourraient se contenter d’un compromis du genre 2+2 font quatre et demi ? Apparemment oui, car l’un comme l’autre accordait plus d’importance à l’unité qu’à la vérité. C’est ainsi que des « discussions doctrinales » eurent encore lieu, de 2009 à 2011, entre quatre représentants de chaque côté. Toutefois, il faut dire qu’encore en 2009, Mgr Fellay a dû nommer quatre représentants de la Fraternité qui prenaient la vérité catholique au sérieux, tandis que les Romains de leur côté restaient indéfectiblement attachés aux contre-vérités de Vatican II. Donc les discussions n’aboutirent à rien, bien sûr, car l’unité n’avait pas encore réussi à l’emporter sur la Vérité.

Plus tard, lors du Chapitre Général intermédiaire de la Fraternité de 2012 (Chapitre où l’on n’élisait personne) les opinions avaient quelque peu évolué parmi les 40 principaux prêtres de la FSSPX. En conséquence, le principe du « doctrine d’abord » de Mgr Lefebvre a été abandonné : la Fraternité a officiellement accepté de faire passer l’unité en premier. Cependant, un mouvement de résistance acharnée de prêtres de la Fraternité s’est fait jour immédiatement, menaçant l’unité de la FSSPX. De même, lors du Chapitre électif de 2018, les 40 prêtres aimaient encore assez la Vérité pour voter la destitution de Mgr Fellay et de ses deux Assistants. Mais le nouveau SG reprit à son compte l’idée des discussions doctrinales avec les Conciliaires ; idée aussi bête qu’attrayante, comme celle d’avoir son beurre et l’argent de son beurre. Il se rendit donc à Rome ; les Romains et le SG devaient encore rêver du modus vivendi à établir autour de quatre et demi. C’est la raison pour laquelle les « discussions doctrinales » semblent bien être de retour sur la table des négociations.

Toutefois, la différence avec 2009, c’est que Mgr Fellay avait, à l’époque, dû choisir des amoureux de la Vérité pour représenter la Fraternité. Or, maintenant, le nouveau SG, selon toute apparence, a choisi les trois responsables de la Fraternité qui ont présidé au Chapitre de 2012 qui a fait passer l’unité avant la Vérité ! Alors, qui trompe qui ? Si le nouveau SG s’imagine qu’une unité non doctrinale est possible, alors, dès maintenant et plus encore dans un avenir prévisible, malheur à la Fraternité ! Par contre s’il reste lui-même clairvoyant, peut-être agit-il sous la pression romaine ou sous la pression des éléments fellaysiens de Menzingen, ou les deux ? Au fond, cela revient au même, car Mgr Fellay a fait tout son possible pour placer Menzingen et la Fraternité sous la coupe de Rome. C’est donc Rome qui prend les décisions, et qui frotte le nez de la Fraternité dans ses propres immondices.

Kyrie eleison.

La Lettre des Trois Evêques

La Lettre des Trois Evêques on octobre 5, 2019

Un lecteur nous a demandé de bien vouloir publier les circonstances qui ont motivé la lettre du 7 avril 2012 adressée à Mgr Fellay et à ses deux Assistants par les trois autres évêques faisant alors partie de la Fraternité Saint Pie X. Cette lettre fait bientôt partie de l’histoire ancienne. Toutefois les lecteurs se souviendront peut-être du rôle important qu’elle a joué en attirant l’attention des catholiques Traditionnels sur le changement de direction important de la Fraternité qui se produisait en catimini depuis 15 ans et dont beaucoup ne s’apercevaient même pas. Mais en mars 2012, le Supérieur Général (SG) décida de jeter le masque et de de révéler son jeu au grand jour.

Ce mois-là, dans « Cor Unum » (magazine de la Fraternité paraissant trois fois par an et réservé aux prêtres) le SG écrivit que le temps était venu pour la Fraternité de réviser la politique de Mgr Lefebvre qui excluait tout accord pratique sans accord doctrinal préalable. Car, disait le SG, l’hostilité des ecclésiastiques romains envers la Tradition catholique s’affaiblissait, si bien que la Fraternité pouvait reprendre confiance dans les chefs de l’Église conciliaire. En fait, depuis le début des années 2000, de plus en plus de prêtres et de laïcs de la Tradition soupçonnaient un changement de cap de la part de la Fraternité. Et voici un texte du SG lui-même qui venait confirmer ces soupçons. Ce « Cor Unum » fit grand bruit au sein de la Fraternité.

Au Prieuré de la Fraternité à Londres, au cours d’un dîner, le rédacteur de ces « Commentaires » se demanda à haute voix s’il ne serait pas opportun d’écrire au SG une lettre de protestation contre ce changement de direction, aprês avoir envoyé cette lettre à Mgr Tissier pour qu’il en contrôle le contenu. Un confrère, présent au dîner, suggéra de soumettre la lettre également à Mgr de Galarreta, car adressée ainsi au Siège de la Fraternité, cette missive revêtirait le caractère d’une protestation commune contre une déviation bien grave par rapport au principe que l’Archevêque fondateur n’avait cessé d’enseigner et de pratiquer : « Doctrine d’abord ». Le confrère avait raison. C’est ainsi que naquit l’idée d’ une lettre des trois évêques. Consulté sur le projet, Mgr Tissier souhaita qu’une ébauche de la lettre lui fût envoyée, et l’ayant lue, il lui donna son approbation enthousiaste. Le projet fut ensuite soumis à Mgr de Galarreta qui l’approuva également, mais il la renforça considérablement en en réécrivant la dernière partie. Le texte final fut ensuite signé par les trois évêques et envoyé par la poste à Menzingen, siège de la Fraternité, en trois exemplaires, à l’attention du SG et de ses deux Assistants.

Une semaine plus tard, la réponse arrivait. Ce n’est pas pour rien que la Maison Générale, ayant changé d’orientation, en cachait à la Fraternité en général le changement. Le Conseil Général se déclarait profondément persuadé que la Rome conciliaire était en train de devenir de plus en plus catholique, au point que les graves réserves de Mgr Lefebvre quant à la coopération avec les Néo-modernistes romains étaient en fait dépassées. En 1988, l’Archevêque avait dit au cardinal Ratzinger que toute coopération était impossible, parce que la FSSPX et Rome travaillaient dans des directions diamétralement opposées : Rome voulait déchristianiser la société alors que la FSSPX s’efforçait de la rechristianiser. Mais en 2012, la Maison Générale se montrait catégorique sur le fait que la situation avait évolué, si bien qu’en s’opposant aux trois évêques, ils ne s’opposaient pas à l’archevêque. Telle était la teneur de la lettre. Mais que penserait Mgr Lefebvre au sujet de la trahison actuelle du pape François ? Plutôt, que ne dirait-il pas maintenant ? Eh bien, dans un livre paru récemment relatant plusieurs entretiens avec Mgr Fellay, ancien SG, celui-ci récusait avec force jusqu’à la moindre critique à l’encontre du pape François.

C’est ainsi qu’ à une date convenue d’avance, en juin 2012, le SG se présenta à Rome, accompagné d’un adjoint de toute confiance pour sceller l’accord censé mettre un point final à une « inutile querelle », vieille de 37 ans, entre la FSSPX et Rome. Inutile, cette querelle ? N’étaient-ce donc que chamailleries ? La Rome conciliaire ne menait-elle pas, ne mène-t-elle pas toujours, une véritable guerre contre la Tradition catholique ? Évidemment, les Romains avaient eu connaissance de la lettre des trois évêques. Leur position, à l’arrivée de Mgr Fellay, était donc qu’il leur était inutile de vouloir piéger les dirigeants officiels de la Fraternité tant que les trois autres évêques auraient évité le piège. La Tradition ne risquait-elle pas de redémarrer de plus belle ? C’est pourquoi, en 2012, le SG s’en est retourné de Rome comme il y était venu : les mains vides. Sa tâche était de s’efforcer de ramener tout de suite les trois autres évêques dans le droit chemin. De fait, il n’a pas perdu une seconde.

Kyrie eleison.

Discussions Renouvelées ? – III

Discussions Renouvelées ? – III on décembre 15, 2018

Certains lecteurs de ces “Commentaires” seront peut-être mécontents de voir que, pour la troisième fois, nous revenons sur la rencontre entre le Cardinal Ladaria et l’abbé Davide Pagliarani qui s’est tenue à Rome le 22 novembre dernier. Il peut leur sembler qu’il s’agit là de simples disputes entre prêtres. Mais, catholique ou non, tout être humain souffrira les peines éternelles de l’enfer s’il ne sauve pas son âme. Pour cela, il est nécessaire d’agir en accord avec la doctrine catholique ; c’est pourquoi cette doctrine doit rester pure. Dans les années 1970, la Fraternité de Saint Pie X était la plus ardente à défendre au sein de l’Église la doctrine catholique contre la confusion de Vatican II. Mais voilà que, depuis 2012, la Fraternité se montre moins fidèle à cette doctrine. C’est pourquoi, il est légitime que tout être humain se préoccupe de savoir si, oui ou non, les discussions avec Rome vont venir à bout de la fidélité de la Fraternité à l’Église et à la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ, unique Sauveur du genre humain.

Il y a deux semaines, ces “Commentaires” (EC 594) présentaient globalement le communiqué de presse du 23 novembre. Le siège de la Fraternité, à Menzingen, décrivait la rencontre de la veille entre l’abbé Davide Pagliarani, nouveau Supérieur Général de la Fraternité, et le Cardinal Ladaria, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il y a une semaine, les “Commentaires” (EC 595) présentaient le texte intégral des troisième et quatrième paragraphes de ce communiqué de presse, avec leur lueur d’espoir pour que la Fraternité revienne sur la voie tracée par son Fondateur qui voulait défendre la doctrine de la foi. Mais lorsque le cinquième paragraphe concluait que les discussions doctrinales avec Rome doivent être reprises, la lueur s’assombrit. Pourquoi donc ? Parce que les discussions doctrinales entre Rome et la Fraternité ont déjà eu lieu entre 2009 et 2011 (EC 594) ; parce que les néo-modernistes romains d’hier et d’aujourd’hui n’arrivent plus à penser droit (EC 595) ; mais aussi parce que Rome n’a qu’un seul but dans ces discussions avec la Fraternité : mettre un terme définitif à sa résistance historique contre le Nouvel Ordre Mondial satanique.

On le sait : chaque fois que les communistes voulaient s’emparer d’un pays, le principal obstacle sur leur chemin était toujours l’Église catholique qui rejette catégoriquement – doctrinalement – le matérialisme athée des communistes. Mais les communistes ont appris à ne pas combattre les catholiques sur le plan de la doctrine, là où les catholiques fidèles sont les plus forts. Au lieu de cela, ils les ont invités à se joindre à eux dans une action commune, supposément pour le bien du peuple. Une fois établie la collaboration entre catholiques et communistes, ces derniers exploitaient les contacts pratiques qui en résultaient pour contourner le blocage doctrinal. La seule chose que les communistes ne voulaient pas, c’était que les catholiques rompent tout contact. Car sans contacts, il était impossible aux marxistes de subvertir les catholiques.

De même, il y a dix ans de cela, le Cardinal Castrillón Hoyos, employa la même tactique lorsque Rome lui demanda de négocier avec les prêtres de la Fraternité : “Commençons par un accord pratique”, leur disait-il ; une fois ensemble, nous réglerons les problèmes doctrinaux. Ce qui importe, c’est que nous arrivions d’abord à un accord pratique ». A l’inverse, Mgr Lefebvre ne cessait d’insister pour que la doctrine catholique passe avant tout. Hélas ! Les successeurs de Monseigneur ont pensé qu’ils savaient s’y prendre mieux que lui. Si bien qu’ils ont constamment cherché à entrer en contact avec les apostats romains, qui, logiquement, ont été ravis d’aller dans ce sens. De sorte que, depuis 2000, la Fraternité défend la Foi de plus en plus faiblement. Le sel est en train de perdre sa saveur. Si la Fraternité ne change pas sérieusement de cap, elle finira par être jetée et foulée aux pieds (Mt. V, 13).

L’autre problème qui se pose est de savoir si la Fraternité désire avoir des discussions avec Rome afin d’obtenir l’autorisation officielle de consacrer la nouvelle génération d’évêques dont elle a cruellement besoin pour assurer son apostolat de par le monde. Mais si elle ne veut pas consacrer de nouveaux évêques sans la permission de Rome, comment pourra-t-elle faire autrement que d’accepter les termes qui lui seront imposés ? En se mettant à mendier, la Fraternité fait que c’est Rome qui choisit, c’est Rome qui est au volant, évidemment. Or, s’il s’agit de défendre la Foi, les conciliaires n’ont rien à faire à la place du conducteur. Le nouveau Supérieur Général veut-il reprendre les discussions théologiques en vue d’obtenir une permission romaine ? Dieu le sait. Mais en tout cas, discuter avec Rome signifie que le Supérieur Général devra danser avec les loups. Mission à haut risque !

Kyrie eleison.

Reprise des Discussions ? – II

Reprise des Discussions ? – II on décembre 8, 2018

Le vendredi 23 novembre dernier, la Fraternité Saint Pie X publiait un communiqué de presse officiel faisant état de la rencontre de la veille entre le Supérieur Général de la Fraternité et le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ce communiqué est plein de bonnes paroles ; reste à voir comment le nouveau Supérieur Général le traduira en actes.

Ce communiqué comprend sept paragraphes. Les deux premiers présentent le Cardinal Ladaria, l’abbé Pagliarani et leurs collaborateurs respectifs. Il précise que c’est à l’invitation du Cardinal que l’abbé Pagliarani s’est rendu à Rome afin de faire le point sur l’état des relations entre Rome et la Fraternité au cas où la situation a évolué depuis que l’Abbé Pagliarani a été élu Supérieur Général en juillet dernier. Les troisième et quatrième paragraphes situent le problème entre Rome et la Fraternité exactement là où il doit se situer, à savoir : sur le plan doctrinal. Voici le texte intégral de ces deux paragraphes :

(3) Au cours de l’entretien avec les autorités romaines, il a été rappelé que le problème de fond est bel et bien doctrinal, et que ni la Fraternité ni Rome ne peuvent l’éluder. C’est à cause de cette divergence doctrinale que toute tentative d’élaborer une ébauche de déclaration doctrinale acceptable par les deux parties n’a pu aboutir depuis sept ans. C’est pourquoi la question doctrinale reste absolument primordiale. (4) Le Saint-Siège ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme solennellement que l’établissement d’un statut juridique pour la Fraternité ne pourra se faire qu’après la signature d’un document de caractère doctrinal.

Au cinquième paragraphe, les choses se précisent. Il affirme que «  Tout pousse donc la Fraternité à reprendre la discussion théologique », non que son objectif soit nécessairement de convaincre ses interlocuteurs, mais plutôt de porter devant l’Eglise le témoignage inconditionnel de la Foi. La fin du communiqué exprime la confiance de la Fraternité en la Providence. Son avenir est entre les mains de Dieu et de Sa Sainte Mère. (Fin du communiqué de presse)

Mais est-il utile, ou seulement prudent, de chercher à reprendre des discussions doctrinales avec les Romains ? On peut, hélas, se poser la question. Car, à l’issue des discussions qui s’étendirent de 2009 à 2011, l’un des quatre représentants de la Fraternité, porta ce jugement : “ Ce sont des malades mentaux ; néanmoins, ce sont eux qui ont l’autorité “. Cette appréciation ne visait nullement à discréditer les personnes, mais elle caractérisait avec précision l’incapacité des néo-modernistes romains à saisir l’essence même de la doctrine catholique, à savoir son caractère objectif, contraire à toute interférence avec la subjectivité. Par Sa parole, Dieu signifie ce qu’Il veut dire ; Il le dit par Son Église, si bien qu’il ne saurait être question d’adapter aux temps modernes – à l’instar de Vatican II – ce qu’a toujours dit Son Église sans jamais rien changer jusqu’au Concile. Les Romains d’aujourd’hui pourraient-ils être fidèles à l’Église de Dieu tout en l’étant à Vatican II ? Impossible ! À moins que ce ne soit des malades mentaux au point de faire l’impasse sur le principe de non-contradiction, ou bien, que la notion qu’ils ont de l’Église ne soit complètement erronée.

Cela étant, si le Saint-Siège publie un jour un communiqué de presse sur cette fameuse réunion du 22 novembre, il sera intéressant de voir comment les conciliaires présentent la perspective d’une reprise des discussions doctrinales. Certes, des discussions, ils en veulent ; mais uniquement dans l’espoir d’attirer le nouveau Supérieur Général hors de cette forteresse imprenable qu’est la doctrine de l’Église. Quant à leur propre doctrine conciliaire qui s’écarte de la Tradition, elle ne peut être que fausse. Les deux arguments principaux restant à leur disposition seront donc, comme d’habitude, l’autorité et l’unité, faisant fi de la doctrine. Mais que devient l’autorité catholique quand elle ne sert plus la Vérité ? Et qu’est-ce que l’unité catholique, si elle unit les gens autour d’un tas de mensonges visqueux (Vatican II) ? Hélas, l’autorité et l’unité sont les seules béquilles sur lesquelles les Romains conciliaires peuvent encore s’appuyer.

Honorable Monsieur le Supérieur Général, voici comment vous pourriez faire correspondre vos actes et vos paroles : rendez public un résumé clair et véridique des dernières discussions doctrinales de 2009–2011. Ne serait-ce pas là le moyen de corroborer vos propos doctrinaux du 23 novembre, en posant un acte véritablement inspiré par la doctrine ?

Kyrie eleison.