Magistère

Papes Faillibles

Papes Faillibles on septembre 13, 2014

Ni les libéraux ni les sédévacantistes n’apprécient de s’entendre dire qu’ils sont comme pile et face d’une même monnaie, mais cela est vrai. Par exemple, ni les uns ni les autres ne peuvent concevoir une troisième alternative. Voyez par exemple dans sa Lettre à Trois Evêques du 14 avril 2012 comment Mgr. Fellay ne pouvait voir d’autre alternative à son libéralisme qui ne fût le sédévacantisme. Inversement, pour plus d’un sédévacantiste, si quelqu’un accepte que l’un des Papes Conciliaires ait été réellement Pape, alors on ne peut être qu’un libéral, et si quelqu’un critique le sédévacantisme, alors il promeut le libéralisme. Mais pas du tout !

Pourquoi non ? Parce que les uns comme les autres commettent la même erreur qui consiste à exagérer l’infaillibilité du Pape. Pourquoi ? Ne serait-ce pas parce que les uns comme les autres ils sont des hommes modernes, lesquels croient plus dans les personnes que dans les institutions ? Et pourquoi cela devrait-il être un trait de l’homme moderne ? Parce que plus ou moins à partir du Protestantisme, de moins en moins d’institutions ont véritablement recherché le bien commun, tandis qu’elles ont de plus en plus recherché quelqu’intérêt particulier, tel l’argent (ma réclamation contre vous), ce qui diminue bien sûr le respect que nous leur devons. Ainsi par exemple, des hommes bons ont évité, pour un temps, à l’institution pourrie de la banque moderne de produire immédiatement tous ses effets mauvais, mais les banksters pourris actuels ont fini par montrer ce qu’étaient en elles-mêmes, depuis le début, ces institutions que sont le système bancaire de la réserve fractionnaire et les banques centrales. Le Diable est présent dans les structures modernes, grâce aux ennemis de Dieu et des hommes.

Il est donc compréhensible que des Catholiques modernes aient eu tendance à mettre trop de foi dans le Pape et trop peu dans l’Église, et voilà la réponse à ce lecteur qui me demandait pourquoi je n’écris pas au sujet de l’infaillibilité comme le font les manuels classiques de théologie catholique. Ces manuels sont merveilleux dans leur genre, mais ils ont tous été écrits avant Vatican II, et ils ont tendance à attribuer au Pape une infaillibilité qui appartient à l’ Église. Par exemple, le sommet de l’infaillibilité peut être présenté dans les manuels comme étant une définition solennelle par le Pape, ou par le Pape avec un Concile, mais dans tous les cas par le Pape. Le dilemme libéral-sédévacantiste en a été une conséquence et en même temps un châtiment de cette tendance à surestimer la personne et à sous-estimer l’institution, car l’Église n’est pas une institution purement humaine.

Et cette tendance est erronée parce que, en premier lieu, le Magistère Solennel, en tant que la couche de neige qui recouvre la montagne du Magistère Ordinaire, ne constitue le sommet de cette montagne que dans un sens très restreint – il est totalement soutenu par le sommet rocheux sous-jacent à la neige. Et en second lieu, cela ressort du texte le plus autorisée de l’Église au sujet de l’infaillibilité, à savoir la Définition du Concile vraiment catholique, Vatican I (1870), grâce auquel nous savons que l’infaillibilité du Pape vient de l’Église, et non l’inverse. Lorsque le Pape engage l’ensemble des quatre conditions nécessaires à un enseignement ex cathedra, alors, déclare la Définition, il possède « cette infaillibilité dont le Divin Rédempteur a voulu que son Église ait le privilège lorsqu’elle définit un point de la doctrine ». Mais, évidemment ! D’où pourrait bien venir l’infaillibilité, sinon de Dieu ? Les meilleurs parmi les êtres humains – et quelques Papes ont été de très bons êtres humains – peuvent rester exempts d’erreur, c’est-à-dire, être inerrants, mais du moment qu’ils ont le péché originel ils ne peuvent être infaillibles comme Dieu seul peut l’être. S’il leur arrive d’être infaillible cette infaillibilité passe par leur humanité, mais en venant de l’extérieur, venant de Dieu, qui choisit de la concéder à travers l’Église catholique, et cette infaillibilité n’a pas besoin de durer plus longtemps que le temps nécessaire pour faire la Définition.

Par conséquent en dehors des moments ex cathedra du Pape, rien ne l’empêche de dire des aberrations telles que celles de la nouvelle religion de Vatican II. Par conséquent ni les libéraux ni les sédévacantistes n’ont besoin ni ne doivent prêter attention à ces aberrations, parce que, comme disait Mgr. Lefebvre, ils ont 2000 ans d’enseignement Ordinairement infaillible de l’Église derrière eux pour juger qu’il ne s’agit là que d’un ensemble d’aberrations.

Kyrie eleison.

Priorité de la Tradition

Priorité de la Tradition on juillet 19, 2014

Le mot « Magistère », provenant du latin « magister » (maître), signifie dans l’Église soit l’enseignement de l’Église par mode d’autorité soit ses enseignants autorisés. Or, de même que l’enseignant est supérieur à l’enseigné, ainsi le Magistère enseignant est supérieur au peuple étant enseigné. Mais les Maîtres (Enseignants) catholiques jouissent du libre-arbitre, et Dieu les laisse libres d’errer. Mais alors, s’ils errent gravement, est-il possible pour le peuple de leur résister et de leur dire, toutefois d’une façon respectueuse, qu’ils sont dans l’erreur ? C’est de la vérité que cette question reçoit sa réponse. C’est seulement lorsque la plupart des gens ont perdu le sens de la vérité, comme c’est le cas aujourd’hui, que la question peut être difficilement comprise.

D’un côté il est certain que Notre Seigneur a doté son Église d’une autorité enseignante pour nous enseigner à nous autres êtres humains, sujets à l’erreur, cette Vérité qui seule peut nous conduire au Ciel – « Pierre, confirme tes frères ». D’un autre côté Pierre devait les confirmer seulement dans cette doctrine de la foi que Notre Seigneur lui avait enseignée – « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères » (Lc.XXII,32). En d’autres mots, cette foi gouverne Pierre dont la seule fonction est de garder et de l’exposer fidèlement, telle qu’elle a été déposée avec Pierre, le Dépôt de la Foi, à transmettre de génération en génération en tant que Tradition. La Tradition enseigne Pierre, et Pierre enseigne le peuple.

Vatican I (1870) dit la même chose. Les Catholiques doivent croire « toutes les vérités contenues dans la parole de Dieu ou transmises par la Tradition » que l’Église propose, au moyen de son Magistère Extraordinaire ou Ordinaire Universel, comme divinement révélé (tous se rappellent que sans la Tradition, dans son sens le plus large, il n’y aurait même pas de « parole de Dieu » c’est-à-dire de Bible). Plus encore, Vatican I dit que le Magistère est doté de l’infaillibilité de l’Église mais c’est une infaillibilité qui exclut qu’une nouveauté y soit enseignée. Donc, c’est la Tradition dans son sens le plus large qui détermine ce que peut dire d’elle le Magistère, et s’il est vrai que le Magistère a l’autorité pour enseigner ce qui se trouve dans la Tradition, il n’a pas autorité pour enseigner au peuple quoi que ce soit en dehors de la Tradition.

Toutefois, il est certain que les âmes nécessitent un Magistère vivant qui leur enseigne ces vérités du salut contenues dans la Tradition catholique. Ces vérités ne changent pas, pas plus que Dieu ni Son Eglise, mais les circonstances du monde où doit agir l’Église changent tout le temps, et voilà pourquoi, selon la variété de ces circonstances, l’Église nécessite des Maîtres vivants qui à mesure que le temps passe varient la présentation et l’explication de ces vérités invariables. Par conséquent, aucun Catholique sensé ne refuse la nécessité de Maîtres vivants pour l’Église.

Mais qu’arrive-t-il si ces Maîtres déclarent que quelque chose se trouve dans la Tradition quand elle ne s’y trouve pas ? D’un côté, ceux-ci sont des hommes instruits, autorisés par l’Église pour enseigner le peuple, et le peuple est relativement ignorant. D’un autre côté, il y a le cas célèbre, par exemple, du Concile d’Ephèse (428) au cours duquel le peuple se souleva à Constantinople pour défendre la Maternité divine de la Très Sainte Vierge contre le Patriarche hérétique, Nestorius.

La solution c’est que la vérité objective est au-dessus des Maîtres comme du peuple, de telle sorte que si le peuple a la vérité de son côté et que les Maîtres ne l’ont pas, le peuple est supérieur à ses Maîtres. D’un autre côté, si le peuple n’a pas la vérité, il n’a aucun droit de se soulever contre les Maîtres. Bref, s’il est dans le vrai , il a le droit . S’il n’est pas dans le vrai, il n’a pas le droit. Et qu’est-ce donc qui détermine si le peuple est dans le vrai ou pas ? Ni les Maîtres (nécessairement), ni le peuple (encore moins nécessairement), mais la réalité, même si peuple et Maîtres conspirent pour la supprimer.

Kyrie eleison.

L’Infaillibilité de l’Église – V

L’Infaillibilité de l’Église – V on mai 31, 2014

Le libéralisme signifie la guerre contre Dieu, et il poursuit et cause la dissolution de la vérité. Etant donné l’état de l’Eglise d’aujourd’hui, paralysée par le libéralisme, le sédévacantisme est une réaction compréhensible, mais il donne encore à l’autorité trop de pouvoir face à la vérité. Le monde moderne a perdu la vérité naturelle, à plus forte raison la vérité surnaturelle, et c’est là que se trouve le cœur du problème.

En ce qui concerne notre sujet nous pourrions diviser tout l’enseignement des Papes en trois parties. Premièrement, si le Pape enseigne en tant que Pape, sur la Foi ou la morale, d’une façon définitive et précise et de manière à obliger tous les Catholiques, il s’agit alors de son Magistère Extraordinaire (ME en abrégé), nécessairement infaillible. Deuxièmement, si le Pape n’engage pas toutes ces quatre conditions mais qu’il enseigne en conformité avec ce que l’Eglise a toujours et partout enseigné et imposé de croire aux Catholiques, alors son enseignement fait partie de ce qu’on appelle le « Magistère Ordinaire Universel » de l’Eglise (MOU en abrégé), infaillible lui aussi. Troisièmement, nous trouvons tout le reste de son enseignement, lequel, s’il est en rupture avec la Tradition, est non seulement faillible mais encore faux.

A ce stade il devrait être clair que le ME est par rapport au MOU comme la couche de neige est par rapport au sommet de la montagne. La couche de neige ne constitue pas le sommet de la montagne, elle ne fait que le rendre plus visible. Encore, ME est à MOU comme le serviteur au maître. Il existe pour être au service du MOU pour rendre clair une fois pour toutes ce qui appartient ou n’appartient pas au MOU. Mais ce qui rend le reste de la montagne visible, pour ainsi dire, c’est la continuité de ce point de doctrine avec ce qu’ont enseigné Notre Seigneur et ses Apôtres, en d’autres mots, avec la Tradition.Voilà pourquoi toute définition du ME se met en peine de montrer que ce qui est en train d’être défini a toujours, en réalité, fait partie de la Tradition. Cela faisait partie de la montagne avant d’être couvert de neige.

A ce stade il devrait aussi être clair que la Tradition dit aux Papes ce qu’ils doivent enseigner, et non l’inverse.Voilà la base même sur laquelle Monseigneur Lefebvre a fondé le mouvement Traditionaliste, et cependant c’est la même base – soit dit avec tout le respect convenable – que les libéraux et les sédévacantistes ne parviennent pas à comprendre.Qu’ils se souviennent, dans l’Evangile de Saint Jean, combien de fois Notre Seigneur lui-même, en tant qu’homme, déclare que ce qu’Il enseigne ne vient pas de Lui mais de Son Père, par exemple : « Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé » (VII,16). Ou bien, « Car je n’ai point parlé de moi-même ; mais le Père, qui m’a envoyé, m’a prescrit lui-même ce que je dois dire et ce que je dois enseigner » (XII,49). Bien sûr, personne sur terre n’est davantage autorisé que le Pape pour dire à l’Eglise et au monde ce qui est dans la Tradition, mais il ne peut pas leur dire que dans la Tradition est ce qui n’y est pas.Ce qui est en elle est objectif, et vieux de 2,000 ans, il se situe au dessus du Pape, et met des limites à ce que le Pape peut enseigner, tout comme les consignes du Père Éternel ont mis des limites à ce que le Christ comme homme enseignerait.

Dès lors comment les libéraux comme les sédévacantistes peuvent-ils effectivement déclarer que le Pape est infaillible même en dehors du ME et du MUO ? Parce que ces deux groupes donnent à l’autorité plus d’importance qu’à la vérité, aussi voient-ils en l’autorité de l’Eglise non plus la servante mais la maîtresse de la vérité. Et pour quelle raison ? Parce qu’ils sont les uns comme les autres des enfants du monde moderne où le Protestantisme a bravé la Vérité catholique, et où le libéralisme depuis la Révolution Française entreprend de dissoudre toute vérité objective. Et s’il n’existe plus une quelconque vérité objective, alors bien sûr l’autorité peut dire n’importe quoi, folie que nous observons tout au tour de nous, et il n’existe plus rien qui puisse arrêter un Paul VI ou un Monseigneur Fellay de devenir de plus en plus arbitraire et tyrannique pour imposer ce n’importe quoi.

Sainte Mère de Dieu, obtenez pour moi d’aimer, de discerner et de défendre cette Vérité et cet ordre qui viennent du Père, aussi bien surnaturels que naturels, auxquels votre propre Fils était en tant qu’homme soumis, « jusqu’à la mort, et même jusqu’à la mort de la Croix ».

Kyrie eleison.

L’Infaillibilité de l’Église – IV

L’Infaillibilité de l’Église – IV on mai 24, 2014

Au Cardinal Newman est attribué un sage commentaire sur la définition en 1870 de l’Infaillibilité Papale : « Elle a laissé le Pape tel qu’elle l’a trouvé ». Certes, cette définition n’aura changé en rien le pouvoir du Pape d’enseigner infailliblement parce qu’il appartient à la nature immuable de la véritable Eglise de Dieu que Dieu la protégera de l’erreur, du moins lorsque sa suprême autorité enseignante se trouve engagée. Tout engagement semblable porte maintenant le nom de « Magistère Extraordinaire » de l’Eglise, mais seul le nom a pu être nouveau à partir de 1870, de même que le nom du « Magistère Ordinaire Universel ». En effet, si Vatican I a déclaré également ce dernier comme étant infaillible, lui aussi aura dû l’être depuis le début de l’Église. Pour discerner les réalités contenues sous les deux noms, remontons à ce début.

Au moment de l’Ascension de Notre Seigneur au Ciel, Il avait, avec sa divine infaillibilité, confié à ses Apôtres un corps de doctrine qu’eux-mêmes devaient transmettre intact à son Église jusqu’à la fin du monde (Mt.XXVIII, 19–20), doctrine que toutes les âmes devraient croire sous peine de condamnation (Mc.XVI, 15–16). Ce Dépôt de la Foi, ou Révélation publique, Dieu se devait à Lui-même de le rendre reconnaissable et accessible à toutes les âmes de bonne volonté, car il est évident que le vrai Dieu ne pourrait jamais condamner éternellement une âme pour avoir refusé de croire en une vérité inaccessible ou en un mensonge. À la mort du dernier Apôtre, ce Dépôt était non seulement infaillible mais aussi complet.

Mais après les Apôtres, et dans la suite des siècles, Dieu allait-Il protéger tous les hommes d’Église pour qu’ils n’enseignassent jamais l’erreur ? En aucune façon. Notre Seigneur nous a averti de nous garder des « faux prophètes » (Mt.VII, 15), et de même Saint Paul nous a mis en garde contre les « loups voraces » (Act.XX, 29–30). Mais comment Dieu pouvait-Il permettre un tel danger pour ses brebis que des pasteurs dans l’erreur ? C’est qu’Il ne veut pour son Ciel ni des pasteurs robots ni des brebis robots, sinon des pasteurs et des brebis, qui les uns comme les autres auront fait usage du libre arbitre que Lui-même leur a donné ou pour enseigner ou pour suivre la Vérité. Et si une masse de pasteurs trahit, Il peut toujours susciter un Saint Athanase ou un Monseigneur Lefebvre par exemple, pour assurer que sa Vérité infaillible reste en permanence au moins accessible aux âmes.

Néanmoins ce Dépôt se trouvera sans cesse exposé aux loups voraces lui ajoutant l’erreur ou lui soustrayant une partie de sa vérité.Alors, comment Dieu va-t-il le protéger malgré cela ? En garantissant que dès qu’un Pape engage toutes les quatre conditions de la plénitude de son autorité enseignante pour définir ce qui appartient à ce Dépôt et ce qui ne lui appartient pas, ce Pape sera divinement protégé de l’erreur – et voilà ce que nous appelons aujourd’hui le « Magistère Extraordinaire » (Observons comme ce Magistère Extraordinaire présuppose l’infaillible Magistère Ordinaire et ne peut ajouter à ce dernier ni vérité ni infaillibilité mais seulement une plus grande certitude pour nous autres hommes). Mais si le Pape engage quoique ce soit en moins que toutes les quatre conditions, alors son enseignement sera infaillible s’il correspond au Dépôt transmis par Notre Seigneur – ce qu’on appelle aujourd’hui le « Magistère Ordinaire Universel », mais faillible s’il ne se trouve pas dans ce Dépôt transmis, ou Tradition. Hors de la Tradition, son enseignement est faillible, contre la Tradition il est faux.

Ainsi il n’y a point de cercle vicieux (voir le CE 357 de la semaine dernière) parce que Notre Seigneur a autorisé la Tradition et la Tradition autorise le Magistère. Certes, c’est la fonction du Pape de déclarer avec autorité ce qui appartient à la Tradition et il est divinement protégé de l’erreur s’il compromet la plénitude de son autorité pour ce faire, mais il est capable aussi de faire des déclarations hors de la Tradition, auquel cas il ne jouira pas de cette protection. Or les nouveautés de Vatican II telles que la liberté religieuse et l’œcuménisme sont très éloignées de la Tradition de l’Eglise. Pour cette raison elles ne rentrent ni dans le Magistère Ordinaire du Pape ni dans son Magistère Extraordinaire, et toutes les billevesées de tous les Papes Conciliaires ne sauraient obliger aucun Catholique à se faire soit libéral, soit sédévacantiste.

Kyrie eleison.

L’Infaillibilité de l’Église – III

L’Infaillibilité de l’Église – III on mai 17, 2014

La folie des paroles et actes du Pape François pousse actuellement de nombreux Catholiques vers le sédévacantisme, ce qui est dangereux. En effet, croire que les Papes Conciliaires n’ont jamais été Papes peut débuter comme une opinion, mais trop souvent il faut constater que l’opinion se transforme en dogme et ensuite en un système mental blindé. Je pense que l’esprit de beaucoup de sédévacantistes se blinde parce que la crise sans précédent de Vatican II engendre dans leurs esprits et cœurs catholiques une grande angoisse, pour laquelle ils pensent avoir trouvé dans le sédévacantisme une solution de toute simplicité, en sorte qu’ils n’ont aucune envie de réouvrir l’angoisse en réouvrant la question. Ce qui fait qu’ils mènent rien de moins qu’une croisade pour que tous les Catholiques partagent leur solution simple, et ce faisant beaucoup d’entre eux – pas tous – finissent par faire preuve d’une arrogance et d’une amertume qui ne sont guère le signe ni le fruit de véritables Catholiques.

Or, ce « Commentaire » s’est abstenu jusqu’ici de prononcer avec certitude que les Papes Conciliaires aient été de véritables Papes, mais en même temps il a maintenu que les arguments sédévacantistes ne sont pas concluants, ni n’obligent en conscience un Catholique, comme certains sédévacantistes voudraient nous le faire croire. Revenons alors sur l’un de leurs arguments les plus importants, celui qui prend comme point de départ l’infaillibilité papale. Le voici : les Papes sont infaillibles. Or, les libéraux sont faillibles et les Papes Conciliaires sont des libéraux. Donc ils ne peuvent être de vrais Papes.

On a beau objecter qu’un Pape n’est nécessairement infaillible que lorsqu’il engage toutes les quatre conditions du Magistère Extraordinaire, à savoir lorsqu’il enseigne 1 comme Pape, 2 sur la Foi ou la morale, 3 de façon définitive 4 en sorte d’obliger en conscience tous les Catholiques. À cela les sédévacantistes comme les libéraux font la même réponse : l’Église enseigne que le Magistère Ordinaire Universel est lui aussi infaillible et donc – c’est ici le point faible de leur argument – dès que le Pape enseigne solennellement en dehors de son Magistère Extraordinaire, son enseignement sera nécessairement infaillible. Or, l’enseignement libéral de Vatican II est certainement solennel. Par conséquent nous n’avons qu’à nous faire sédévacantistes ou libéraux, selon bien sûr que c’est un sédévacantiste ou un libéral qui manie l’argument.

Mais ce qui distingue tout enseignement relevant du Magistère Ordinaire Universel, ce n’est nullement la solennité avec laquelle le Pape enseigne en dehors de son Magistère Extraordinaire, mais c’est le fait pour tel ou tel enseignement de correspondre ou non à ce que Notre Seigneur, ses Apôtres et virtuellement tous les évêques de tous les temps et tous les lieux ont enseigné, en d’autres mots à la Tradition. Or, l’enseignement Conciliaire (tel l’œcuménisme ou la liberté religieuse) est en rupture flagrante avec la Tradition. Donc un Catholique d’aujourd’hui n’est point obligé à se faire sédévacantiste ni libéral.

N’empêche, les sédévacantistes comme les libéraux s’accrochent à leur exagération de l’infaillibilité papale pour des raisons qui ne sont pas sans intérêt, mais cela c’est une autre histoire. De toute façon ils ne se rendent pas facilement, aussi reviennent-ils à la charge avec une autre objection qui exige qu’on lui réponde. Des deux côtés ils disent que maintenir que c’est la Tradition qui permet de distinguer le Magistère Ordinaire Universel, c’est entrer dans un cercle vicieux. En effet, si l’autorité enseignante de l’Église, son Magistère, existe pour dire ce qui est la doctrine de l’Église, comme c’est le cas, comment en même temps la doctrine en question peut-elle dire ce qui est le Magistère ? Ou le maître enseignant autorise la matière enseignée, ou l’inverse, mais les deux ne peuvent pas en même temps s’autoriser l’un l’autre. Donc, concluent-ils, le Pape est infaillible non seulement dans son Magistère Extraordinaire, et alors on est obligé par les Papes Conciliaires de se faire sédévacantiste, sinon libéral.

La raison pour laquelle il n’y a pas de cercle vicieux devra attendre le « Commentaire » de la semaine prochaine. Elle est aussi intéressante que la raison pour laquelle les sédévacantistes comme les libéraux tombent dans la même erreur à propos de l’infaillibilité papale.

Kyrie eleison.

Humanisation Fatale

Humanisation Fatale on février 22, 2014

Quelques catholiques qui soutiennent que le Siège Apostolique est vacant, protestent fermement contre les récents numéros de ce « Commentaire », car ils paraissent mettre au même niveau l’hérésie universelle du libéralisme et l’opinion particulière du sédévacantisme. Mais alors que ce « Commentaire » ne cesse d’attaquer la plaie du libéralisme, a-t-il fait récemment plus que d’apporter des arguments selon lesquels personne n’est obligé d’être sédévacantiste ? Et si l’on considère quel piège stérilisant s’avère être le sédévacantisme dans certains cas, n’est-ce pas là une prise de position bien modérée ?

Ce que maintient ce « Commentaire », c’est que le sédévacantisme, bien qu’admirable en tant qu’effort pour combattre le libéralisme dans l’Église, est au mieux un moyen inadéquat de ce faire, car il partage avec les libéraux d’aujourd’hui l’une de leurs erreurs fondamentales, à savoir l’exagération de l’infaillibilité papale. Dans toute sa profondeur cette erreur nous ramène au cœur de l’actuelle crise sans précédent de l’Eglise, et voilà pourquoi ce « Commentaire » va insister, tout en demandant pardon aux lecteurs indûment ennuyés ou offensés. Car c’est toute l’Eglise qui est en jeu et pas seulement les sensibilités de tels ou tels de ses membres.

Cette erreur en toute sa profondeur s’étale sur les 700 dernières années. C’est l’humanité tournant le dos lentement mais sûrement à Dieu, à Son Fils et à Son Eglise. Au sommet du Moyen Âge, les Catholiques avaient une Foi claire et forte, saisissant l’unicité et l’exclusivité du Dieu objectif et de sa Vérité sans contradiction. Par exemple Dante n’eut aucune difficulté à mettre plusieurs Papes dans son Inferno. Mais au fur et à mesure que l’homme se plaça lui-même toujours plus au centre de toutes choses, Dieu perdit sa transcendance absolue au dessus des créatures, et la Vérité devint de plus en plus relative, non plus à l’autorité de Dieu, mais à celle de l’homme.

Dans le cas de l’Eglise, prenez par exemple la 13 ème des 17 « Règles pour sentir avec l’Eglise » du célèbre livre des Exercices Spirituels de Saint Ignace, loué par d’innombrables Papes depuis lors et sans aucun doute responsable d’avoir contribué puissamment au salut de millions d’âmes. Saint Ignace écrit : « Pour ne nous écarter en rien de la vérité, nous devons maintenir le principe de croire que le blanc que je vois est noir, si l’Eglise hiérarchique le décide ainsi ». Une telle position pourrait renforcer l’autorité des hommes d’Eglise à court terme, mais ne court-elle pas le risque grave de séparer l’autorité de la vérité à long terme ? « Nous n’avons aucune autorité contre la vérité, mais pour la vérité » (II Cor, XIII, 8).

De fait, vers la fin du 19 ème siècle le libéralisme était devenu si puissant que l’Eglise se vit obligée à renforcer sa propre autorité par la Définition en 1870 de son Magistère opérant au maximum de son pouvoir, à savoir chaque fois que 1) un Pape 2) définit 3) un point de Foi ou de morale 4) de manière à obliger en conscience toute l’Eglise. Mais mus depuis lors par une pensée trop humaine, trop de Catholiques, au lieu de rapporter ce Magistère Extraordinaire à Dieu et à l’immuable Vérité du Magistère Ordinaire de l’Eglise, ont eu tendance à prêter à la personne humaine du Pape une infaillibilité qui provient de Dieu et qui n’appartient qu’à Dieu seul. Ce processus d’humanisation a engendré une infaillibilité envahissante qui devait d’une façon presque inévitable aboutir dans la prétention grotesque de Paul VI de refondre la Tradition de l’Eglise au nom d’un « Solennel Magistère Ordinaire ». La grande majorité des Catholiques l’ont suivi docilement, et jusqu’à ce jour la plupart d’entre eux deviennent jour après jour libéraux en suivant les Papes Conciliaires, tandis qu’une petite minorité de catholiques se voit acculée à nier que les responsables de la folie conciliaire puissent être Papes tout simplement.

Personnellement je respecte bon nombre de sédévacantistes, dans la mesure où ils croient en l’Eglise et où ils désespèrent de trouver une autre solution à un problème infiniment grave de l’Eglise. Mais à mon avis ils feraient bien de regarder plutôt vers l’infinie hauteur et profondeur de Dieu Lui-même.

Kyrie eleison.