Jean-Paul II

Le Bon Sens de L’archevêque – I

Le Bon Sens de L’archevêque – I on octobre 4, 2014

On peut lire dans le dernier numéro du Recusant (www. The Recusant.com) une traduction en anglais de la dernière entrevue de Monseigneur Lefebvre, publiée en français ( Fideliter #79) peu avant sa mort au mois de mars 1991. Lire ses écrits fait toujours du bien, parce qu’il rattache sa pensée toujours aux principes catholiques de base. Il est transparent, car il n’a rien à cacher. Il n’est pas ambigu, car il ne cherche pas de compromis entre l’Église de Notre Seigneur et le Concile Vatican II de Satan. Mais remarquez à quel point les questions posées par celui qui mène l’entrevue indiquent que les lecteurs de Fideliter inclinaient déjà à suivre la nouvelle direction qu’allaient prendre les autorités de la Fraternité Saint Pie X quelques années après la mort de Mgr. Lefebvre. Ci-après un choix des questions et réponses, plutôt abrégées :—

Q : Pourquoi ne pouvez-vous pas faire une dernière approche vers Rome ? Nous entendons que le Pape est « prêt à vous recevoir ».

R : C’est absolument impossible, car les principes qui guident maintenant l’Église Conciliaire sont de plus en plus ouvertement contraires à la doctrine catholique. Par exemple, le Cardinal Ratzinger a dit récemment que les grands documents antimodernistes des Papes du 19 èmeet 20 ème siècles ont rendu un grand service en leur temps, mais qu’ils sont maintenant dépassés. Quant à Jean Paul II, il est plus œcuménique que jamais (1990). « Il est absolument inconcevable que nous puissions accepter de travailler avec une telle hiérarchie ».

Q : Est-ce que la situation avec Rome s’est détériorée depuis les négociations de 1988 ?

R : Oh oui ! «  Il nous faudra attendre un certain temps avant de pouvoir envisager un accord. Pour ma part je crois que Dieu seul peut sauver la situation, car humainement nous ne voyons aucune possibilité que Rome redresse les choses ».

Q : Mais il y a des Traditionnalistes qui ont fait un accord avec Rome sans rien concéder.

R : C’est faux. Ils ont abandonné leur possibilité de s’opposer à Rome. Ils doivent garder le silence, étant données les faveurs dont ils ont été l’objet. Mais dès qu’ils se taisent, ils commencent à glisser, même très lentement, jusqu’à ce qu’ils finissent par admettre les erreurs de Vatican II. « Ils se trouvent dans une situation très dangereuse ». De telles concessions de la part de Rome ont pour seul but d’amener les Traditionnalistes à rompre avec la FSPX et à se soumettre à Rome.

Q : Vous dites que de tels Traditionnalistes ont « trahi ». N’est-ce pas un peu dur ?

R : Pas du tout ! Par exemple Dom Gérard s’est servi de moi, de la FSPX, de nos chapelles et de nos bienfaiteurs, et maintenant tout d’un coup son monastère nous abandonne pour rejoindre les destructeurs de la Foi. Ils ont abandonné le combat de la Foi. Ils ne peuvent plus désormais attaquer Rome. Ils n’ont rien compris à la question doctrinale. Il est affreux de penser aux jeunes qui les ont rejoints pour trouver la Tradition et qui sont maintenant en train de les suivre vers la Rome Conciliaire.

Q : Existe-t’il un danger à rester ami avec des Traditionnalistes qui ont rejoint Rome, et à assister à leurs Messes ?

R : Oui, parce qu’à la Messe il n’y a pas seulement la Messe mais il y a aussi le sermon, l’atmosphère, l’ambiance, les conversations avant et après la Messe, et ainsi de suite. Toutes ces choses font que petit à petit on change d’idées. C’est un climat d’ambigüité. On se retrouve dans une atmosphère de soumission au Vatican, soumission en fin de compte au Concile, et l’on finit par se faire œcuménique.

Q : Jean Paul II est très populaire. Il veut unir tous les Chrétiens.

R : Mais dans quelle unité ? Non plus dans la Foi qu’une âme doit accepter, et qui requiert la conversion. L’Église a été détournée : d’une société hiérarchique qu’elle était, ils en ont fait une “communion”. Communion dans quoi ? Pas dans la Foi. Et donc il n’y a pas lieu de s’étonner lorsqu’on entend que les Catholiques quittent l’Église en masse. (à suivre)

Kyrie eleison.

Canonisations Irréelles

Canonisations Irréelles on avril 5, 2014

La « canonisation » de deux Papes Conciliaires, Jean XXIII et Jean-Paul II, doit avoir lieu le dernier dimanche de ce mois, et elle inspire à beaucoup de Catholiques croyants une peur bleue. Ceux-ci savent que les Papes conciliaires ont été des destructeurs (au moins objectifs) de l’Église. Ils savent également que l’Église tient les canonisations pour infaillibles. Seront-ils donc forcés à croire que Jean XXIII et Jean-Paul II sont des Saints ? On y perd la tête ! Mais on n’est pas obligé de la perdre. Voyons.

En août de l’année dernière ce Commentaire a constaté le fait que les « canonisations » de la Néo-Église sont en réalité chose tellement différente des canonisations pré-conciliaires qu’aucun Catholique n’est obligé de tenir les « canonisations » post-conciliaires pour infaillibles. Je ne me suis pas trompé, mais je n’ai fait que constater le fait sans expliquer le pourquoi, ce qui est moins satisfaisant pour l’esprit. Par contre dans une conférence de retraite vers la fin de ses jours Mgr. Lefebvre a donné la raison profonde de ce fait, à savoir la maladie mentale des modernistes. Bien comprendre celle-ci est d’une importance capitale pour comprendre correctement la Révolution Conciliaire toute entière.

Mgr. Lefebvre a dit que les Papes Conciliaires, comme toute une masse d’hommes modernes, croient qu’aucune vérité n’est stable. Par exemple la formation de Jean-Paul II se fondait sur l’évolution de la vérité qui bouge selon les temps, progresse avec les progrès de la science, etc. C’est parce que la vérité pour Jean-Paul II n’était jamais fixe qu’il a condamné en 1988 les sacres épiscopaux de la Fraternité St Pie X parce qu’elles procédaient d’une idée fixiste de la Tradition catholique au lieu d’une idée évolutive. En effet, les Catholiques tiennent chaque mot du Credo pour immuable parce que ces mots ont été peaufinés dans le cours des siècles pour exprimer le moins imparfaitement possible les vérités immuables de la Foi, et ils ont été le sujet de définitions infaillibles de la part des Papes et Conciles de l’Église.

Prenons par exemple une vraie canonisation d’antan : 1) Le Pape prononçait comme Pape 2) de façon définitive (a-t-on jamais vu une dé-canonisation ?) 3) que telle personne avait été un modèle de foi et de mœurs 4) et était à accepter comme tel par toute l’Église. En tant que telles ces canonisations remplissaient les quatre conditions d’un enseignement infaillible de l’Église, et étaient tenues pour infaillibles. Mais cette notion catholique d’une vérité immuable est inconcevable pour les esprits fluides d’hommes modernes tels les Papes Conciliaires. Pour eux, la vérité c’est la vie, une vie qui se développe, évolue, croît vers la perfection. Comment alors un Pape Conciliaire peut-il réaliser, encore moins imposer, une canonisation infaillible ?

Mgr. Lefebvre s’imagine comment un Pape conciliaire pourrait réagir à l’idée d’avoir fait une chose pareille : « Mais non ! Si jamais à l’avenir il s’avère que cette personne que j’ai canonisée n’a pas eu toutes les qualités requises, ma foi, un de mes successeurs pourra très bien déclarer que je me suis prononcé sur les vertus de la personne sans pour autant avoir défini une fois pour toutes qu’elle était une Sainte. » Et en attendant, ce nouveau type de canonisation a rendu heureux le Président et les fidèles de la République concernée, qui tous ont eu une excuse pour célébrer.

Quand on y pense, cette explication de Mgr Lefebvre s’applique à l’ensemble de la Néo-église. Qu’est-ce que Vatican II ? – N’est-ce pas la beauté exigeante de la Vérité immuable de Dieu qui mène au ciel remplacée par la laideur commode de la fantaisie fluide de l’homme qui mène à l’enfer, certes, mais qui permet à l’homme de se mettre à la place de Dieu ? La clef de ce processus, c’est que l’esprit se décroche de la réalité. Appliqué à l’Église ce processus engendre le modernisme dont les fruits ressemblent si peu aux réalités catholiques d’antan que les nouvelles réalités requièrent absolument d’être appelées par de nouveaux noms : la Néo-église, les néo-canonisations, les Néo-saints, etc. Après tout, les Catholiques Conciliaires ne sont-ils pas fiers de tout renouveler dans l’Église ?

Kyrie eleison.

Canonisations Réelles ?

Canonisations Réelles ? on août 10, 2013

« Que pensez-vous de la volonté de François Ier de « canoniser » au printemps prochain Jean-Paul II et Jean XXIII ? N’est-ce pas là une façon de « canoniser » Vatican II ? Et cela ne pose-t-il pas le problème de l’autorité, tous les manuels de théologie d’avant Vatican II enseignant que le pape est infaillible lorsqu’il procède à des canonisations ? » Telle fut la question grave (légèrement modifiée) que l’hebdomadaire parisien Rivarol m’a posée récemment. Voici plus ou moins comment j’ai répondu :—

L’acharnement dont font preuve les chefs de l’Église Conciliaire pour canoniser les Papes Conciliaires manifeste la ferme volonté des ennemis (au moins objectifs) de Dieu d’en finir avec la religion catholique et de la remplacer par la nouvelle religion du Nouvel Ordre Mondial. Dès lors à une Néo-église correspondent des Néo-saints à fabriquer par une procédure démantelée et « rénovée » pour les « canoniser ». Comme toujours avec le modernisme, les mots restent les mêmes, mais le contenu est complètement différent. Dès lors les catholiques croyants n’ont à se faire aucun souci pour l’infaillibilité de ces néo-canonisations. Elles procèdent de la Néo-église qui n’est qu’un sosie de l’Église catholique.

Mais alors qu’est-ce que ce sosie ? Question délicate, parce que pour deux sous on se fait traiter de « sédévacantiste », mot qui arrive actuellement à effarer les Traditionnalistes presqu’autant que le mot « anti-sémite ». Mais il s’agit de cerner la réalité, de « rendre un juste jugement et pas selon les apparences », comme dit Notre Seigneur (Jn. VII, 24), et de ne pas se laisser tromper par les apparences, les émotions ni les mots. Aujourd’hui par exemple, dans les écoles ne désapprend-on pas, dans les hôpitaux ne tue-t-on pas, la police n’opprime-t-elle pas ? La réalité en a changé.

Donc en réalité, selon un processus qualifié par Sœur Lucie de Fatima de « désorientation diabolique », les hommes d’Église se sont faits des agents du mensonge au lieu de la Vérité. Depuis les années 1950 et 1960 ils ont laissé pervertir leur foi catholique par les idées et idéaux de la Révolution au sens large du mot, à savoir par cette insurrection radicale de l’homme moderne contre son Dieu et Créateur. Pourtant ces traîtres objectifs (ils peuvent encore dans leurs cœurs vouloir servir Dieu – Jn. XVI, 2) restent les hommes d’Église dans ce sens qu’il n’y a personne d’autre qu’eux qui « occupe la chaire de Moïse », comme dit Notre Seigneur ( Mt. XXIII, 2). Il y a un Pape assis sur le siège de Pierre, même deux !

Autrement dit, le sosie en question est l’Église occupée non pas par des hommes qui ne sont pas des hommes d’Église, mais par des hommes dont les cœurs et les têtes sont plus ou moins occupés par une nouvelle religion qui n’est absolument pas catholique. Mais remarquez le « plus ou moins ». Tout comme la pourriture n’atteint pas tout de suite toute la pomme, ainsi l’église-sosie ou la Néo-église peut être en train de remplacer l’Église catholique, mais on y trouve encore quelques évêques, plusieurs prêtres et bon nombre de fidèles qui ont gardé la Foi catholique jusqu’ici. Ils se trouvent sur une pente glissante et bien dangereuse pour leur foi, mais on ne peut pas dire qu’ils soient en-dehors de la vraie Église. C’est Dieu qui en juge.

Et alors pour ce qui concerne l’autorité, je traiterais avec ces autorités de la Néo-église comme on agit envers un père de famille provisoirement fou. On ne prête aucune attention à sa folie si ce n’est l’attention nécessaire pour observer le moment où elle prend fin, mais on ne cesse de l’aimer, et même de respecter l’autorité intrinsèque à sa qualité de père. Que Dieu me vienne en aide pour cela.

Kyrie eleison.

Rebelle, Diviseur

Rebelle, Diviseur on septembre 15, 2012

Le chapitre VII de l’Évangile de Saint Jean contient une leçon spéciale pour aujourd’hui, à savoir : Qui sont les vrais rebelles contre l’autorité, et qui ne sont des rebelles qu’ en apparence ? Qui paraît diviser le peuple de Dieu, et qui est en réalité celui que le divise ? Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent. Il est toujours nécessaire de « Juger non selon les apparences, mais juger selon un juste jugement » (Jn.VII,24).

Le septième chapitre de St Jean s’approche de la fin de la vie de Notre Seigneur sur la terre. Les juifs cherchent à tuer Jésus (verset 1), mais Notre Seigneur monte néanmoins à Jérusalem et enseigne dans le Temple (14). La foule est déjà divisée (12) en sorte qu’il résulte de l’enseignement de Jésus que certains (40) reconnaissent en Lui le Prophète (cf.Deut.XVIII,15–19), tandis que d’autres (41–42) refusent de le reconnaître, parce qu’Il est originaire de Galilée. D’où la division et la dissension. Certes, la division, comme telle, est digne de blâme, et alors qui doit être blâmé ? Certainement pas Notre Seigneur qui ne fait que prêcher la doctrine de son Père au Ciel (16–17). Le blâme ne doit pas non plus atteindre cette partie de la foule qui a accepté l’enseignement divin. Il est clair que le blâme pour la division appartient aux autorités du Temple et à cette partie de la foule qui refusait la Vérité.

Pareillement, dans les années 1970 et 1980, Mgr. Lefebvre a divisé les catholiques en enseignant et en pratiquant la vérité de la Tradition catholique, mais quel catholique qui se fait fort aujourd’hui d’être Traditionnel pense même à le blâmer pour cette division ? Il est clair que le blâme pour la division de l’Eglise n’appartenait ni à l’Archevêque ni à ceux qui l’ont suivi, mais en premier lieu à ces autorités de l’Eglise qui adultéraient la vraie religion, tout comme le faisaient les autorités du Temple au temps de Notre Seigneur. L’Archevêque ne cessait de leur demander de « juger selon un juste jugement », en confrontant le problème central créé par leur adultère Conciliaire avec le monde moderne. Jusqu’à aujourd’hui, les autorités de l’Église se sont refusées à une telle confrontation. Leur unique réponse n’a cessé d’être : « Obéissance ! », « Unité ! ». Leur manque d’arguments en réponse aux questions fondamentales de vérité, ne suggère-t-il pas qu’eux seuls sont les vrais rebelles et responsables de la division dans l’Église ?

Toutefois, la dissension en tant que telle n’est pas une bonne chose, et tous les deux, Notre Seigneur et Mgr. Lefebvre, auront bien prévu que leur enseignement serait suivi de dissension. Pourquoi donc insistèrent-ils ? Parce que les âmes peuvent être sauvées avec la dissension (cf. Lc.XII, 51–53 ), mais elles ne peuvent être sauvées sans la Vérité. Si les autorités religieuses font dévier le peuple – et le Diable travaille contre elles avec un acharnement particulier à cause de leur pouvoir d’amener beaucoup d’autres âmes sur le mauvais chemin – c’est à ce moment-là que la Vérité doit être proclamée pour ramener le peuple sur le chemin du Ciel, même si la dissension doit en être le résultat. En ce cas-là, la Vérité se situe au-dessus de l’autorité ou de l’unité.

Et où trouve-t-on cette vérité en 2012 ? Vatican II fut un désastre pour l’Église – vrai ou faux ? Les autorités de l’Église qui ont réalisé Assise III et la « béatification » de Jean Paul II sont obstinément attachées à Vatican II – vrai ou faux ? Et alors si la Fraternité Saint Pie X se place elle-même sous ces mêmes autorités, elles profiteront de tout leur prestige et du pouvoir que la Fraternité leur aura donné sur elle, pour dissoudre sa résistance à Vatican II – vrai ou faux ? De sorte que la FSPX risque gravement de perdre progressivement l’esprit de résistance qu’elle présente encore à ce prestige et à ce pouvoir – vrai ou faux ? Comme disent les Romains, « Rome peut attendre » !

Alors, dans la FSPX aujourd’hui, si l’on juge, comme le dit Notre Seigneur, « non selon les apparences mais selon un juste jugement », qui est réellement celui qui « divise » ? Qui sont les vrais « rebelles contre l’autorité » ? Ceux qui critiquent le risque d’un tel mélange de la Vérité catholique avec l’erreur Conciliaire, ou bien ceux qui le favorisent ?

Kyrie eleison.

Ambiguïté Conciliaire

Ambiguïté Conciliaire on avril 14, 2012

Imaginez un soldat d’infanterie fort et bien armé qui en poursuivant l’ennemi tombe dans des sables mouvants. Voilà ce qui arrive à un catholique courageux armé de la vérité qui s’aventure à critiquer les documents de Vatican II. Là on se trouve dans des sables mouvants d’ambiguïté, réalisés expressément dans ce but. Si la religion de l’homme y avait été exposée à ciel ouvert, les Pères du Concile auraient rejeté ces documents avec horreur. Mais la nouvelle religion y fut habilement camouflée par une rédaction faite exprès pour permettre deux interprétations contradictoires. Prenons un exemple clair, et d’une importance cruciale.

Dans la section 8 de Dei Verbum il existe un passage sur la Tradition que Jean Paul II a utilisé pour condamner Monseigneur Lefebvre en 1988. Voici le texte lui-même : « A/ Cette Tradition qui vient des Apôtres progresse dans l’Eglise sous l’assistance du Saint Esprit ; B/ en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît, C/ soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur . . . D/ soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des réalités spirituelles, E/ soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme certain de vérité ».

Or la vraie Tradition catholique est radicalement objective. Tout comme le bon sens nous dit que la réalité est objective, dans ce sens que les objets sont ce qu’ils sont en dehors de nous et indépendamment de ce que n’importe quel observateur subjectif voudra qu’ils soient, de même l’Eglise véritable enseigne que la Tradition catholique, venant de Dieu, est telle qu’il l’a faite, en sorte qu’aucun être humain ne peut en modifier même le moindre détail. Voici donc ce que serait l’interprétation catholique du texte que nous venons de citer :

« A/ A mesure que le temps passe il y a un approfondissement dans la façon dont les catholiques saisissent les vérités immuables de la Foi. B/ Les Catholiques peuvent découvrir toujours plus dans ces vérités, C/ en les contemplant et en les étudiant, D/ en y pénétrant plus profondément, et E/ par le fait que les évêques prêchent certains nouveaux aspects de ces mêmes vérités ». Cette interprétation est parfaitement catholique puisque tout changement se situe du côté des gens, qui en effet changent avec le passage du temps, tandis qu’aucun changement ne se situe du côté des vérités révélées qui forment le Dépôt de la Foi, c’est-à-dire la Tradition.

Mais voyons maintenant comment le même texte de Dei Verbum peut être compris non pas objectivement mais subjectivement, car on y fera dépendre des sujets catholiques le contenu même des vérités et on le fera changer avec eux : « A/ La vérité catholique vit et croît suivant le cours du temps parce que B/ les catholiques vivants ont des perceptions que les catholiques du passé n’ont jamais eues puisque C/ ceux qui vivent découvrent dans leur cœur, au fond d’eux-mêmes, des vérités fraîches, D/ fruit de leur propre expérience spirituelle interne. En outre, E/ la Vérité catholique s’accroît quand les évêques prêchent des choses auparavant inconnues, pour la bonne raison que les évêques ne peuvent dire quoi que ce soit de contraire à la vérité ( !) ». (En d’autres mots, ayez la religion qui vous fasse vous sentir bien dans votre peau, mais n’oubliez pas de « payer, prier et obéir » à nous autres modernistes).

Or, voici l’immense problème : si l’on accuse ce passage de Dei Verbum de promouvoir le modernisme, les catholiques conservateurs (qui ne conservent guère plus que leur foi en des hommes d’église sans foi) répliquent immédiatement que la seule véritable interprétation du texte en question est la première signalée ci-dessus. Mais en réalité lorsque Jean Paul II dans Ecclesia Dei Adflicta a utilisé ce même passage pour condamner Monseigneur Lefebvre et partant les Consécrations de 1988, comment aura-t-il pu le faire sinon en interprétant ce passage dans son sens moderniste ? De telles actions parlent plus fort que les paroles.

Chers lecteurs, lisez et relisez ce même texte, et puis ses deux interprétations, jusqu’à ce que vous découvriez pour vous-mêmes toute l’ambiguïté diabolique de ce Concile lamentable.

Kyrie eleison.

Un Tournant

Un Tournant on mars 10, 2012

Parlant aux Etats-Unis le mois dernier au sujet des relations entre Rome et la Fraternité Saint Pie X, le Supérieur Général de la Fraternité a dit qu’un accord pratique entre les deux parties serait possible si Rome acceptait la Fraternité telle qu’elle est, et il a signalé que Monseigneur Lefebvre avait souvent dit qu’un tel accord serait acceptable. Cependant, Monseigneur Fellay a ajouté que la dernière fois que Monseigneur Lefebvre l’a dit fut en 1987. Ce petit rajout est hautement significatif, et mérite d’être approfondi, surtout pour une jeune génération qui peut ne pas être familiarisée avec le drame historique des Consécrations Episcopales de 1988.

De fait, le drame des drames, sans lequel la FSSPX n’aurait jamais vu le jour, ce fut le Deuxième Concile du Vatican (1962–1965), où la grande majorité des évêques catholiques a accepté cette « mise à jour » de l’Eglise par laquelle ils ont scindé leur autorité catholique d’avec la vérité de la Tradition catholique. A partir de ce moment, les Catholiques ont dû choisir entre l’Autorité et la Vérité. Jusqu’à ce jour, s’ils choisissent l’Autorité, la Vérité ne peut que leur manquer, et s’ils choisissent la Vérité, ils désireront toujours être réunis avec l’Autorité. Monseigneur Lefebvre a choisi la Vérité, et c’est pourquoi il a fondé pour la défendre la Fraternité en 1970, mais tant qu’il le pouvait il a fait tout dans son pouvoir pour ne pas s’éloigner de l’Autorité, en s’efforçant d’obtenir pour sa Fraternité l’approbation de Rome. C’est pourquoi Monseigneur Fellay a raison de dire que jusqu’en 1987 Monseigneur Lefebvre a toujours cherché à obtenir un accord pratique avec Rome.

Cependant, en 1987, Monseigneur Lefebvre avait 82 ans. Il prévoyait que sans ses propres évêques, le maintien de la Tradition par la Fraternité prendrait nécessairement fin. Il devenait urgent d’obtenir de Rome au moins un évêque mais Rome a temporisé, sans doute parce qu’elle aussi se rendait bien compte que la Fraternité sans ses propres évêques disparaîtrait de mort lente. En mai 1988 celui qui était alors le Cardinal Ratzinger a tellement temporisé qu’il a fait comprendre à Monseigneur Lefebvre que la Rome néo-moderniste n’avait aucune intention de d’approuver, encore moins de protéger la Tradition catholique. Ainsi, la diplomatie ne servant plus, il a procédé aux Consécrations Episcopales, en disant que désormais ce devait être la doctrine ou rien. Désormais le prélude absolument nécessaire à tout contact entre Rome et la Fraternité, disait-il, serait que les Romains professent leur foi dans les grands documents antilibéraux de la Tradition catholique, par exemple, Pascendi, Quanta Cura, etc.

Et c’est pourquoi, comme Monseigneur Fellay l’a suggéré le 2 février, jamais plus on n’a entendu de la bouche de Monseigneur Lefebvre, jusqu’à sa mort en 1991, qu’un accord pratique serait possible ou désirable. Ce grand Archevêque était allé aussi loin que possible pour obtenir de l’Autorité le minimum qu’exigeait la Vérité. Il a même suggéré une fois qu’en mai 1988 il était allé trop loin. Mais à partir de ce moment-là il n’a plus hésité, il ne s’est plus compromis, et il a encouragé quiconque voulait l’écouter à faire de même.

La situation, a-t-elle changé depuis ? Rome, est-elle revenue à la profession de la Foi de toujours ? On pourrait le croire quand Monseigneur Fellay nous informe dans le même sermon que Rome, en modifiant la rigueur de sa position du 14 septembre, déclare maintenant qu’elle est disposée à accepter la Fraternité telle qu’elle est. Mais il suffit de se rappeler Assise III et la néo-béatification de Jean-Paul II de l’année dernière pour soupçonner que derrière cette nouvelle bienveillance des prélats de Rome envers la Fraternité, se trouve selon toute vraisemblance la conviction que l’euphorie des contacts mutuels rétablis et prolongés finira par diluer et à la longue dissoudre la résistance jusqu’ici obstinée de la Fraternité à leur nouvelle Eglise. Hélas.

« Notre salut est dans le nom du Seigneur ».

Kyrie eleison.