Ciel

Qui Est Infecté ?

Qui Est Infecté ? posted in Les Commentaires Eleison on août 25, 2012

L’un de mes proverbes préférés vient de Chine : « L’homme sage s’accuse lui-même, le sot accuse les autres ». Non pas que les autres ne soient jamais en faute, bien sûr, mais en général, je ne peux faire que peu ou rien pour modifier leur conduite, tandis que je suis, du moins en théorie, maître de la mienne. Comme le dit « L’Imitation de Jésus-Christ » : nous pensons rarement avec profit aux péchés d’autrui, mais toujours avec profit à nos propres péchés.

Cette antique sagesse me vient à l’esprit à l’occasion de la lettre d’une lectrice du « Commentaire Eleison » (#263) dans laquelle elle se lamente de « l’infection Conciliaire » qu’elle pense observer dans les Messes de la Fraternité SPX aux Etats-Unis, telles qu’elles sont célébrées par les prêtres et suivies par les fidèles. Si le résumé suit ici de ses observations plutôt sombres, ce n’est pas pour en assommer les prêtres ni les fidèles, mais pour suggérer à chacun d’entre nous l’examen de notre propre conduite.

D’une façon générale, elle dit que cette « infection Conciliaire » s’est peu à peu répandue dans les chapelles de la Fraternité SPX depuis quelque temps. Elle va jusqu’à dire que la situation est en train de se détériorer, qu’elle est pratiquement désespérée et que le mal est déjà fait. C’est comme si le Latin a pris plus d’importance que la Foi, comme si, dès que la Messe de St Pie V est dite en Latin, tout est parfait. Pour ne pas avoir compris – ou ne pas se rappeler – ce qu’est réellement la Messe, les fidèles se contentent de faire acte de présence. Nombreux sont ceux qui assistent à la Messe d’une façon distraite, ce qui les amène à recevoir la Sainte Communion d’une manière irrespectueuse, tout comme dans la Nouvelle Église.

Elle reproche aux prêtres de ne pas avoir suffisamment expliqué aux fidèles ce que sont la Foi et la Messe. Quant aux sermons, elle se demande parfois si les prêtres comprennent ce qu’ils prêchent. Elle a l’impression des fois que les idées personnelles du prêtre et le contexte du sermon en général ont un relent Conciliaire. Les règles liturgiques ne sont pas respectées, l’observation des rubriques est irrégulière, le Canon de la Messe est apte à être lu de façon trop rapide. Bref, elle ne serait pas surprise de voir un certain nombre de prêtres et de fidèles de la Fraternité SPX disposés à rejoindre la Nouvelle Église si tant est qu’ils ne lui appartiennent pas virtuellement déjà.

Certes, personne de sérieux n’affirmerait que cette description plutôt sombre se rapporte à l’ensemble des Messes de la Fraternité SPX, mais la corruption de notre époque est tellement forte qu’une détérioration comme celle qu’elle évoque est par trop normale. Cette corruption pèse sur les prêtres comme sur les fidèles, en sorte que tous nous devons observer avec attention si elle ne nous gagne pas petit à petit. Ainsi que Sœur Lucie de Fatima l’a dit dans les années cinquante, les fidèles ne peuvent plus compter sur le clergé pour faire tout le travail de les hisser au Ciel. Cela n’a jamais été possible en réalité, mais une « obéissance » paresseuse reste encore aujourd’hui une tentation commune. Donc si les fidèles veulent être menés par de bons prêtres, et s’ils ne veulent pas que la Fraternité devienne Conciliaire, ils doivent contrôler leur propre maison pour la mettre en ordre – par exemple, de quelle façon moi-même et ma famille participons-nous à la Messe ?

Quant à nous autres prêtres, n’oublions pas le redoutable avertissement du prophète Ezéchiel (III,17–21) adressé aux pasteurs : Si les pasteurs disent au peuple qu’il pèche et que le peuple continue de pécher, Dieu châtiera le peuple mais Il ne rejettera pas la responsabilité sur les pasteurs. Au contraire, si le peuple pèche et que les pasteurs ne lui reprochent pas ses péchés, alors ce sont les pasteurs que Dieu rendra responsables des péchés du peuple. « Parce que voici le temps venu où doit commencer le jugement par la maison de Dieu » (I Pierre, IV,17).

C’est pourquoi il dépend de chacun de nous de faire ce qui est en notre pouvoir pour empêcher que la Fraternité SPX soit victime de « l’infection Conciliaire ». Chose aujourd’hui plus facile à dire qu’à faire, mais comme le dit Saint Paul (I Cor.IV,3–5), examinons nos propres péchés. C’est Dieu qui juge.

Kyrie eleison.

La Doctrine, Encore

La Doctrine, Encore posted in Les Commentaires Eleison on août 18, 2012

Le mépris de la « doctrine » est aujourd’hui un immense problème. Les « meilleurs » parmi les catholiques de notre XXI ème siècle reconnaissent du bout des lèvres l’importance de la « doctrine », mais en tant que modernes, ils sentent instinctivement en leur for intérieur que même la doctrine catholique est une espèce de prison pour leur esprit, et que les esprits ne doivent pas être emprisonnés. A Washington DC., autour du dôme intérieur du Mémorial de Jefferson, ce temple quasi-religieux dédié au champion américain de la liberté, se trouve inscrite sa phrase quasi-religieuse : Sur l’autel de Dieu j’ai juré une inimitié éternelle contre toute forme de tyrannie sur l’esprit de l’homme. Il avait sûrement présent à l’esprit la doctrine catholique, parmi d’autres. La quasi-religion de l’homme moderne exclut toute doctrine fixe.

Néanmoins, une phrase du « Commentaire Eleison » d’il y a deux semaines (EC 263, du 28 juillet) propose une autre façon de concevoir la nature et l’importance de la « doctrine ». On y lisait ceci : Tant que Rome croit en sa doctrine conciliaire, elle va nécessairement profiter de tout accord pratique (qui passe outre à la « doctrine ») pour attirer la Fraternité SPX vers le Concile (Vatican II). Autrement dit, ce qui pousse Rome à mésestimer la « doctrine » et à chercher à « conciliariser » à tout prix la Fraternité SPX, c’est sa propre croyance en sa propre doctrine conciliaire. Dès lors tout comme la doctrine catholique Traditionnelle est – on l’espère – la force motrice de la FSPX, ainsi la doctrine Conciliaire est la force motrice de Rome. Les deux doctrines entrent en collision parce qu’il s’agit de deux forces motrices opposées.

En d’autres termes, la « doctrine » n’est pas simplement un ensemble d’idées dans la tête d’un homme, ou une prison mentale. Quelles que soient les idées qu’un homme choisisse d’avoir dans sa tête, sa doctrine réelle est cet ensemble d’idées qui conduit sa vie. Certes, un homme peut changer cet ensemble d’idées, mail il ne peut pas ne pas en avoir un. Voici comment Aristote le dit : « Si vous voulez philosopher, alors vous devez philosopher. Si vous ne voulez pas philosopher, vous êtes quand même obligé de philosopher. De toute façon un homme doit philosopher ». De même, les libéraux ont beau mépriser n’importe quel ensemble d’idées comme étant une tyrannie, mais considérer que tout ensemble d’idées est une tyrannie, c’est encore une vaste idée, et c’est cette idée qui dirige la vie de millions de libéraux aujourd’hui, comme de trop de catholiques. Ces derniers devraient s’en rendre compte, mais nous tous, modernes que nous sommes, nous avons le culte de la liberté dans le sang.

Ainsi, la doctrine prise dans sa signification réelle n’est pas seulement un ensemble d’idées qui nous emprisonne l’esprit, mais une conception de Dieu, de l’homme et de la vie qui dirige la vie de chaque homme vivant. Même lorsqu’un homme est en train de se suicider, il est poussé à le faire par l’idée que la vie est trop misérable pour qu’elle vaille la peine de continuer. Une conception de la vie centrée sur l’argent peut mener un homme à devenir riche ; sur le plaisir, à devenir dévergondé ; sur la renommée, à devenir célèbre, et ainsi de suite. Mais quelle que soit l’idée directrice de la vie d’un homme, c’est cette idée qui constitue sa doctrine réelle.

Alors puisque le Concile Vatican II est l’idée directrice des Romains conciliaires, cette idée les pousse à dissoudre cette Fraternité SPX qui rejette Vatican II, et à moins de changer leur idée centrale, ils ne cesseront de poursuivre la dissolution de la Fraternité SPX de Mgr.Lefebvre jusqu’à ce qu’ils l’obtiennent. Au contraire, l’idée centrale du clergé et des fidèles de la Fraternité est d’arriver au Ciel, suivant l’idée que le Ciel et l’Enfer existent et que Jésus-Christ et sa véritable Église procurent le seul et unique chemin sûr pour arriver au Ciel. Sachant que cette doctrine directrice n’est pas une fantaisie de leur propre invention, ils n’acceptent pas de la voir minée ni subvertie ni corrompue par les misérables néo-modernistes de la Nouvelle Église, poussés que ceux-ci le sont par leur fausse conception conciliaire de Dieu, de l’homme et de la vie. La collision ne peut être que frontale.

Et elle ne peut être évitée, comme les libéraux rêvent qu’elle le puisse. Si l’erreur devait triompher, même les pierres de la rue finiraient par crier la vérité (Lc.XIX,40). Et si la Vérité triomphe, Satan promouvra encore et encore une erreur derrière l’autre, jusqu’à ce que le monde prenne fin. Mais « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé », a dit Notre Seigneur (Mt.XXIV,13).

Kyrie eleison.

Libre Arbitre Mis en Valeur

Libre Arbitre Mis en Valeur posted in Les Commentaires Eleison on août 11, 2012

Au sujet du drame des âmes qui tombent en Enfer (et nombreuses sont celles qui choisissent de le faire –Mt. VII,13 ; XXII,14), un lecteur soulève un problème classique que l’on peutschématiser ainsi : soit Dieu veut que les âmes se damnent, soit Il ne le veut pas. S’Il le veut, Il est réellement cruel. S’Il ne le veut pas, mais que cela arrive tout de même, c’est qu’Il n’est pas tout-puissant. Alors est-Il cruel, ou n’est Il pas tout-puissant ? De deux choses l’une, laquelle ?

Qu’il soit immédiatement entendu que Dieu n’envoie aucune âme en Enfer. C’est chacune des nombreuses âmes damnées qui s’envoie elle-même en Enfer par la série des choix qu’elle a faits librement lors de son séjour sur terre. Dieu lui avait donné la vie, le temps et une volonté libre de choisir, le libre arbitre, et en plus un grand nombre d’aides naturelles et de grâces surnaturelles pour la persuader de choisir d’aller au Ciel, mais si elle le refusait, alors Dieu lui a laissé ce qu’elle-même a voulu, c’est-à-dire une éternité sans Lui. Et cette perte de Dieu, pour une âme faite par Dieu rien que pour posséder Dieu, est de loin la plus cruelle souffrance en Enfer. Ainsi Dieu désirait que l’âme choisît le Ciel (Il désire que tous les hommes soient sauvés – I Tim.II,4), mais Il a voulu permettre le mal de ce choix de l’Enfer par cette âme pour en tirer un plus grand bien.

Remarquons l’usage ici de ces deux mots : « désirer » et « vouloir ». Vouloir quelque chose est plus catégorique que simplement la désirer. Ainsi, un père de famille peut désirer que son fils ne souffre pas de dures expériences dans la vie, mais en vue de toutes les circonstances, il peut vouloir le laisser souffrir, car il sait que c’est la seule façon pour son fils d’apprendre. Pareillement, dans la parabole de l’Enfant Prodigue, le père ne désirait pas laisser son plus jeune fils partir de la maison et dilapider son héritage, mais il voulut le laisser faire parce que de fait c’est ce que le père fit, et de fait un bien en résulta : le retour à la maison du fils maintenant repentant, devenu ainsi un homme jeune plus triste, mais plus sage.

De même Dieu désire d’un côté que toutes les âmes se sauvent,parce que c’est pour cela qu’Il les a créées et c’est pour cela qu’Il est mort sur la Croix, où l’une de ses souffrances les plus grandes fut précisément de savoir combien peu d’âmes choisiraient de profiter de sa Rédemption pour être sauvées. Un tel Dieu ne saurait en aucune façon être considéré, ou appelé, cruel ! D’un autre côté, Dieu ne veut pas que toutes les âmes soient sauvées s’ils ne le veulent pas eux-mêmes, car s’Il le voulait, elles seraient toutes sauvées parce qu’il est vraiment tout-puissant. Mais, étant données toutes les circonstances, cela signifierait en réalité supprimer le libre choix de ceux qui, laissés à eux-mêmes, choisiraient de ne pas être sauvés, et cela signifierait donc piétiner leur libre arbitre, tellement prisé par les hommes eux-mêmes ! Il suffit de se rappeler à quel point ils n’aiment pas recevoir d’ordres, à quel point ils aiment être indépendants, car ils savent que leur libre arbitre est la preuve qu’ils ne sont pas de simples animaux ou des robots. De même Dieu aussi préfère que son Ciel soit peuplé d’hommes et non pas d’animaux ou de robots, et c’est pour cela qu’Il ne veut pas que tous les hommes soient sauvés s’ils ne le veulent pas eux-mêmes.

Et cependant, Dieu ne veut pas que les âmes se damnent parce que, encore une fois, ce serait cruauté de sa part. Il veut permettre seulement qu’elles se condamnent, en vue du plus grand bien, à savoir que ces âmes auront ainsi l’éternité de leur propre choix, tandis que Lui aura un Ciel peuplé d’êtres humains et non d’animaux ou de robots.

Ainsi son désir de sauver toutes les âmes signifie qu’Il n’est en aucune façon cruel, tandis que la damnation de nombreuses âmes n’implique pas de sa part un manque de toute-puissance, mais seulement son choix de mettre en valeur le libre arbitre de ses créatures, et le plaisir infini qu’Il a de récompenser par le Ciel les âmes qui ont choisi librement de l’aimer sur terre.

Mère de Dieu, maintenant et à l’heure de ma mort, aidez-moi à aimer votre Fils et à choisir le Ciel !

Kyrie eleison.

Les Fleurs Parlent

Les Fleurs Parlent posted in Les Commentaires Eleison on juin 2, 2012

Dieu est l’Etre infini, la Vérité infinie, la Bonté infinie, il est infiniment juste et infiniment miséricordieux. Ainsi nous l’enseigne son Église, et l’idée est grandiose et belle, aussi n’ai-je rien à objecter. Mais ensuite j’apprends que son Église enseigne aussi que même pour un seul péché mortel l’âme peut être damnée pour toute une éternité à des souffrances terribles et cruelles au-delà de toute imagination, et cela n’est plus si sympa. Je commence à ruer dans les brancards.

Par exemple, je n’ai jamais été consulté, ni pour la décision de mes parents de me donner l’existence, ni sur les termes du contrat, pour ainsi dire, de cette existence. Si j’avais été consulté, j’aurais bien pu m’élever contre une alternative si extrême entre un bonheur inimaginable et un inimaginable tourment tels que l’Église nous les enseigne, tous les deux sans fin. Un « contrat » plus modéré j’aurais pu éventuellement accepter, où en échange d’un Ciel raccourci je n’aurais risqué qu’un Enfer abrégé, mais on ne m’a pas consulté. Et alors la durée infinie de chacun d’eux me paraît hors de toute proportion avec la brièveté de ma vie ici-bas : 10, 20, 50 même 90 ans sont ici aujourd’hui, disparus demain. Toute chair est comme l’herbe – « Au matin l’homme fleurit . . . au soir il tombera, séchera et se fanera » (Ps. XXX, 6). Et si je suis cette ligne de pensée, Dieu peut me sembler si injuste que je me demande pour de vrai si réellement il existe.

Le problème nous oblige à réfléchir. Supposons que Dieu existe : qu’il est aussi juste que l’Église nous le dit ; qu’il est injuste d’imposer à quiconque un fardeau lourd auquel il n’ait pas consenti ; que cette vie est brève, une simple bouffée de fumée lorsqu’on la compare avec ce que doit être l’éternité ; qu’en justice personne ne peut mériter un terrible châtiment tant qu’il n’a pas été conscient de commettre un crime terrible. Dès lors, comment ce Dieu supposé peut-il être juste ? S’il est juste, toute âme ayant atteint l’âge de raison doit en bonne logique vivre au moins assez longtemps pour connaître le choix pour l’éternité qu’elle est en train de faire, et l’importance de ce choix. Toutefois comment cela est-il possible par exemple dans le monde d’aujourd’hui, où Dieu est si universellement négligé et méconnu dans la vie des individus, des familles et des États ?

La seule réponse possible, c’est que Dieu les devance tous à intérieur de l’âme, où il « parle » bien avant toute parole des êtres humains et indépendamment d’eux tous, en sorte que même une âme dont la formation religieuse a été nulle et sans valeur est tout de même consciente que chaque jour de sa vie elle est en train de faire un choix qui dépend d’elle seule, et qui a des conséquences énormes. Mais encore une fois, comment cela est-il possible dans un monde aussi impie que celui qui nous entoure aujourd’hui ?

Parce que la « parole » de Dieu à l’intérieur des âmes est beaucoup plus profonde, plus constante, plus présente et plus pressante que ne peuvent être les paroles de n’importe quel être humain. Lui seul a créé notre âme, et continuera de la créer tant qu’elle existe, c’est-à-dire sans fin. Il est donc à tout et à chaque moment plus proche d’elle que même ses parents, qui n’ont fait que composer son corps d’éléments matériels – soutenus dans l’existence par Dieu seul.

Et de la même façon c’est la bonté de Dieu qui est derrière et dans et sous toutes les choses bonnes dont l’âme jouira dans cette vie, et au fond d’elle-même l’âme sait bien que celles-ci ne sont que des dérivatifs de la Bonté divine – « Tais-toi, » disait St Ignace de Loyola à une toute petite fleur – « Je sais de qui tu me parles. » Le sourire d’un petit enfant ; la splendeur quotidienne de la Nature tout au long du jour ; les nuages, chaque firmament, un chef d’œuvre ; la musique, et combien d’autres choses – même aimées d’un amour profond, ces créatures parlent à l’âme pour lui dire qu’il y a quelque chose de beaucoup plus – ou Quelqu’un.

« En vous, O Dieu, j’ai espéré, ne permettez pas que je sois à jamais confondu » (Ps.XXX, 2).

Kyrie eleison.

L’Oecuménisme de Benoît – II

L’Oecuménisme de Benoît – II posted in Les Commentaires Eleison on avril 7, 2012

Comme dans toute controverse suscitée par les terribles ambiguïtés du Vatican II, prouver ou essayer de réfuter ce qu’expose le Dr. Wolfgang Schüler dans son livre « Benoît XVI et l’Auto-compréhension de l’Eglise » pourrait nécessiter beaucoup de temps et d’articles érudits. Cependant la ligne principale de son argument est assez claire, et elle mérite bien d’être présentée aux lecteurs du « Commentaire Eleison » afin de les aider à voir clair au milieu d’une si grande confusion. En ce sens, tout en ayant leurs limites, les comparaisons peuvent vraiment aider la compréhension.

Un tout peut être composé de parties de deux façons différentes : comme un arbre vivant ou comme un tas de pièces de monnaie. Ou bien le tout est primaire et les parties sont secondaires, comme dans le cas de l’arbre, ou les parties sont primaires et le tout secondaire comme dans le cas du tas de pièces de monnaie. L’arbre comme un tout prime, parce que les branches qui sont ses parties peuvent être coupées mais l’arbre continue à vivre sa vie comme arbre et fait pousser de nouvelles branches, tandis que les branches coupées perdent leur vie et se transforment en quelque chose de totalement différent, comme une bûche ou une chaise. Au contraire, chaque pièce de monnaie séparée du tas de pièces demeure exactement ce qu’elle était dans le tas, et il suffit qu’un assez grand nombre de pièces soit séparé du tas pour que ce soit le tas qui disparaisse.

Or, prise comme un tout, l’Eglise catholique ressemble-t-elle davantage à l’arbre ou au tas de pièces ? L’Eglise catholique est cette société spéciale d’êtres humains naturels qui sont unis dans cette société par trois choses : la Foi, les sacrements, et la hiérarchie. A ces trois éléments c’est Dieu lui-même qui leur donne d’exister. La Foi est dans l’esprit une vertu surnaturelle que Dieu seul peut donner. Les sacrements utilisent des éléments matériels tels l’eau et l’huile, mais ce qui en fait des sacrements c’est la grâce surnaturelle qu’ils véhiculent et qui a pour source Dieu seul. De même, la hiérarchie est composée d’êtres humains naturels, mais s’ils ne sont pas mus par Dieu ils ne suffiront jamais par eux-mêmes pour guider les âmes vers le Ciel.

Il en résulte que l’Eglise catholique ressemble davantage à un arbre en vie qu’à un tas de pièces de monnaie, fussent-elles d’or. Parce que, de même que tout organisme vivant possède en lui-même un principe de vie qui lui donne son existence et son unité, ainsi l’Eglise catholique a en elle-même d’abord Dieu Lui-même et ensuite la hiérarchie, pour lui donner son existence et son unité. Lorsque ce qui était une partie de l’Eglise se sépare de la hiérarchie par le schisme, ou renonce à la Foi par l’hérésie, elle cesse d’être catholique pour devenir autre chose, comme les Orthodoxes schismatiques ou les Protestants hérétiques. Il est vrai que les croyants Orthodoxes ont pu conserver des sacrements valides, mais puisqu’ils ne sont plus unis au Vicaire du Christ à Rome, personne de raisonnable ne les prend pour des catholiques.

Survient alors Vatican II. Il change l’idée qu’avait l’Eglise d’elle-même, à savoir celle d’un arbre vivant ou d’une vigne (selon la comparaison même de Notre Seigneur : Jn XV, 1–6 ), en celle d’un tas de pièces d’or. Pour avoir voulu ouvrir l’Eglise au monde moderne, les hommes de l’Eglise Conciliaire ont commencé par dissoudre les frontières de l’Eglise (L.G.8). Ceci leur permit de prétendre qu’il existe des éléments de l’Eglise du Christ en-dehors des limites visibles de l’Eglise Catholique (U.R.3), tels des pièces d’or séparées de leur tas. Et puisqu’une pièce d’or reste une pièce d’or, ils ont pu ensuite pousser plus loin leur argument en affirmant (U.R.3) que ce qui constituait des éléments de salut à l’intérieur de l’Eglise demeure tel en-dehors de l’Eglise. De là d’innombrables âmes tirent la conclusion naturelle que désormais je n’ai plus besoin d’être catholique pour parvenir au Ciel. Voilà le désastre de l’œcuménisme Conciliaire.

Nous devrons maintenant analyser plus en détail ces textes de Vatican II avant de considérer les efforts du Pape Benoît pour intégrer l’œcuménisme qui divise l’Eglise dans la doctrine catholique qui l’unifie.

Kyrie eleison.

Plus Joyeux

Plus Joyeux posted in Les Commentaires Eleison on janvier 28, 2012

Excellence, s’il vous plaît dites-nous quelque chose de plus joyeux !

Dieu existe, Il est tout-puissant, omniscient, parfaitement juste, mais sa miséricorde est aussi sans limite. Il maîtrise parfaitement tout ce qui arrive dans le monde. Ni le Diable ni ses serviteurs humains, y compris les criminels qui mènent aujourd’hui le monde, ne peuvent lever le petit doigt sans sa permission. Il connaît chaque détail de leurs plans diaboliques et Il les utilise tous pour accomplir son propre dessein Providentiel.

Mais comment peut-Il permettre tant de mal dans notre monde ?

Parce que tandis qu’Il ne veut jamais le mal, Il veut le permettre, pour qu’Il en résulte un plus grand bien. De nombreuses prophéties indiquent que c’est de la corruption globale d’aujourd’hui que sortira demain le plus grand triomphe jamais obtenu de l’Eglise Catholique, comme l’a dit Notre Dame de Fatima : « A la fin mon Coeur Immaculé triomphera ». Ce qui se passe en ce moment précis est que Notre Seigneur profite de ses ennemis pour purifier son Eglise.

Mais n’aurait-Il pu trouver une façon moins désagréable de purifier son Eglise que de nous faire passer par l’incroyable corruption d’aujourd’hui ?

Si cela dépendait uniquement de Lui, sans aucun doute Il aurait pu trouver d’autres façons de purifier son Eglise, mais si vous et moi savions tout ce qu’Il sait – pensée folle ! – et si surtout, vous et moi nous voulions, comme Lui le veut, respecter le libre arbitre qu’Il donne à tous les êtres humains, alors il est très vraisemblable que vous et moi nous verrions que la façon choisie par Lui pour faire les choses est la meilleure.

Et, s’il vous plaît, qu’est-ce que vient faire le libre arbitre de l’homme dans cette affaire ?

Dieu ne veut ni de robots ni d’animaux purement irrationnels pour partager avec Lui sa béatitude. Or, même Lui ne peut donner à ses créatures un bonheur mérité qu’elles n’auront rien fait pour mériter, parce que cela est contradictoire et s’il a toute puissance sur tout être, cette puissance ne s’étend pas au non-être tel que sont les choses contradictoires. Mais si ses créatures doivent en partie mériter son bonheur, alors Il doit leur donner le libre arbitre, lequel s’il est vraiment réel, doit être capable de choisir l’opposé de ce que Dieu veut pour lui. Dès lors, s’il est réellement capable de choisir le mal, voilà ce qui va arriver, plus ou moins souvent.

Mais vous dites que la vraie Eglise à la suite de Notre Seigneur enseigne à quel point est étroit le chemin qui mène au Ciel et combien peu nombreux sont ceux qui le trouvent (Mt.VII,14). Alors comment peut-il valoir la peine pour Dieu d’avoir créé, aujourd’hui par exemple, une masse d’êtres humains, si seul un nombre relativement restreint parvient au Ciel ? Comment est-il possible qu’un si grand nombre tombant dans les horreurs de l’Enfer ne soit pas un prix trop élevé à payer pour le petit nombre de ceux qui parviennent au Ciel ?

Ce qui compte pour Dieu c’est la qualité, pas la quantité. Que seuls dix hommes auraient pu sauver de sa colère toute la ville de Sodome (Gen.XVIII, 32) prouve combien est précieuse à Dieu une seule âme qui répond à son amour, bien plus qu’un grand nombre qui par leur propre libre choix ne veulent pas de son amour. « J’aurais supporté toute la Passion pour toi seule » dit une fois Notre Seigneur à une âme. Il le dirait de même à toute âme.

Voulez-vous dire que si le monde me fait souffrir et me tourmente, mais je ne réagis qu’en adhérant d’autant plus étroitement à Dieu, alors Il en tient compte, pour moi-même et pour ceux me sont proches ? Je pourrais presque vouloir que le monde soit encore pire !

Maintenant vous commencez à comprendre !

Kyrie eleison.